Université de Nice-Sophia Antipolis
Unité de Recherche "Migrations et Société" SOLIIS- URMIS
24 avenue des Diables bleus
Pôle Universitaire Saint-Jean d'Angely
06357 Nice cedex 4
gilles.frigoli@unice.fr
télécharger le document en PDF
1 Les éléments dinformation présentés ici décrivent la situation nationale au moment où nous avons mené lenquête sur laquelle sappuie cet article, cest-à-dire au cours de lannée 2003. Ils sont donc antérieurs à la réforme de lasile introduite en décembre 2003 et mise en application au cours de lannée 2004. Le principal changement concerne la suppression de lasile territorial, remplacé depuis par la protection subsidiaire. Concernant la réforme du droit dasile, on pourra se reporter à H. Furnon Petrescu (2004).
2 Le taux passe à 9,3 % si lon exclut les décisions de la Commission de Recours des Réfugiés (CRR) qui statue sur les recours introduits par des personnes ayant vu leur demande dasile refusée (Source : rapport dactivité de lOFPRA 2004).
3 On pourra se reporter notamment à Brachet (1997), Creach (1997), Julien-Laferrière (1996), Legoux (1995, 1999, 2002), Marie (1996), Noiriel (1999).
4 Cest le terme quutilise Alain Morice dans un article intitulé L'Europe enterre le droit d'asile et qui dénonce la « guerre à lasile » que mènent, selon lauteur, les pays occidentaux depuis quelques années (Le Monde Diplomatique, mars 2004, p. 14-15).
5 Il est à noter que les délais dexamen des dossiers de demande dasile ont été significativement réduits au cours de lannée 2004. On pourra consulter à ce sujet le rapport dactivités de lOFPRA pour lannée 2004 (OFPRA, 2005).
6 Parallèlement à lenquête que nous avons menée dans les Alpes-Maritimes (Frigoli & Jannot, 2004), une autre équipe a travaillé sur le même thème dans le département du Rhône (Bourgeois, Ebermeyer, Sevin, 2004).
7 On passe de 283 demandes dasile en 1999 à 833 en 2000, puis à 904 en 2001. Les demandes dasile territorial passent entre 1999 et 2001 de 416 à 950 dossiers déposés (Source : Préfecture des Alpes-Maritimes).
8 Il sagit là de deux éléments qui reviennent souvent dans le discours des intervenants sociaux que nous avons interrogés. Dune part, les demandeurs dasile, souvent originaires de pays lointains, seraient porteurs de références culturelles largement étrangères aux codes culturels dont les intervenants sociaux sestiment eux-mêmes porteurs. Dautre part, nombre de demandeurs dasile jouissaient selon ces mêmes intervenants sociaux dun statut social élevé dans leur pays dorigine (profession, revenus, niveau déducation), ce qui semble avoir déstabilisé certains professionnels ou bénévoles davantage coutumiers du contact avec des personnes issues de milieux populaires.
9 Le modèle que nous avons retenu est celui des enquêtes "un jour donné" utilisé notamment dans lenquête Prise en charge des toxicomanes dans les structures sanitaires et sociales réalisée par la DREES (Séries Statistiques, nn°19, février 2001).
10 Peut-être peut-on également attribuer cette circonspection face à l'observateur extérieur au calendrier d'une étude qui intervenait, en 2002-2003, dans un moment assez particulier. Echaudés par des gels de crédit qui alimentaient la rumeur et la crainte face à l'avenir, de nombreux acteurs avaient le sentiment d'être dans une période de transition et, dans l'attente d'une réforme de l'asile dont on ne savait pas précisément quelles seraient les conséquences en termes de financements, sans doute la vigilance était-elle de mise face à toute demande d'information émanant du Ministère des Affaires Sociales et, par là, susceptible d'influer sur la réorganisation des missions dans le département.
11 Toutes les structures y ont participé à lexception dune association caritative. Certaines structures nous ont fourni, dès notre première sollicitation, une liste "satisfaisante" (au regard de nos attentes) concernant les personnes hébergées. Pour certaines structures, en revanche, les consignes nont pas été suivies et les résultats furent très parcellaires. Enfin, un certain nombre de structures nous ont fourni des statistiques un peu plus complètes mais non suffisantes. Une seconde tentative et une redéfinition de nos attentes furent nécessaires afin dobtenir une liste plus complète.
12 Ceci dit, tout dépend bien évidemment de la taille de lenquête réalisée, la "bonne volonté" des traducteurs ayant des limites. Au delà dun certain nombre dentretiens ou de questionnaires, il deviendrait difficile de mobiliser les ressources locales.
13 Ces "nouvelles migrations" (Bribosia, Rea, 2002) sont ainsi qualifiées car elles se distinguent en plusieurs points des mouvements migratoires qui ont marqué la période post coloniale en France notamment. Faiblement contrôlées par les Etats dorigine et les Etats destinataires, ne répondant pas à une logique économique dappel de la part de ces derniers, elles ne se trouvent que marginalement encadrées par les dispositifs institutionnels des pays concernés (Péraldi, 2002). En lieu et place de formes de mobilité sinscrivant dans un parcours linéaire permettant de distinguer définitivement un lieu de départ et une destination, elles empruntent la forme de mobilités pendulaires brouillant limage traditionnelle dune migration vue comme « mouvement entre deux sédentarités » (Morokvasic, 1999). Le développement de ces migrations de type circulatoire saccompagne de plus dune diversification des pratiques de survie économique et sociale développées jusque-là par les populations migrantes. La variabilité des statuts au regard de la législation ainsi que celle des formes dinscription dans le tissu économique urbain, se doublent du déploiement de nouveaux types de rapport aux systèmes institutionnels des pays daccueil, qui sappuient sur lacquisition et la maîtrise de compétences spécifiques, tant sur le plan relationnel que commercial, et qui sexercent vis à vis des dispositifs daide et/ou de contrôle. Au delà, cest lexpérience migrante qui semble connaître ici de profonds changements bouleversant le rapport des migrants aux sociétés urbaines et à leurs institutions.