Piolat Michel Maître de Conférences en Psychologie L'ethnicisation des rapports intergroupes et interpersonnels s'appuie, au niveau du fonctionnement psychique individuel, sur des processus de catégorisation sociale. Ces processus de catégorisation donnent lieu à des biais dans le traitement de l'information relative aux personnes et les travaux disponibles montrent que ces biais fonctionnent largement de façon automatique. D'autres travaux récents sur le développement des catégories sociales chez les jeunes enfants montrent, eux, que de telles catégories sont disponibles de façon très précoce comme des catégories essentialistes. Le rapprochement de ces deux courants de recherche ouvre un débat sur la fonction de ces processus mais aussi sur la difficulté à les contrôler, sachant que la catégorisation sociale est plus souvent stigmatisante que valorisante pour ceux qui en sont les cibles. Mots-clefs : catégorisation sociale, développement de l'enfant, Hirschfeld, race, stéréotypes Le terme "ethnicisation" qui figure dans le titre de ce dossier, ne fait pas partie du vocabulaire de la psychologie. Mais il le pourrait ; il servirait alors, probablement, à désigner les processus par lesquels la connaissance dautrui et de soi-même, ainsi que linteraction à autrui, sont influencées par la catégorisation ethnique des personnes. Létude de lethnicisation sinscrirait demblée dans le champ plus large de létude de la catégorisation sociale. Le même raisonnement pourrait être tenu à propos du terme "racialisation". Et, de fait, les travaux des psychologues sur la catégorisation sociale utilisent souvent des tâches expérimentales de jugement dans lesquelles lethnicité ou la "race"1 tiennent lieu de catégories sociales des cibles. Trois remarques à propos des travaux sur la catégorisation sociale.
Le présent texte est pour lessentiel dans le prolongement de ces remarques. Il est organisé autour de lidée suivante : à la lumière des connaissances disponibles, il est manifeste que la catégorisation ethnico-raciale engendre des mécanismes de traitement de linformation sociale qui sont difficilement contrôlables (conscients et guidés) par les individus. Ces mécanismes ont été étudiés comme des biais sociocognitifs dans le traitement de linformation. Biais relatifs à la connaissance dautrui : le jeu des inférences La cognition humaine repose sur l’inférence : elle comble l’information manquante et va au-delà de l’information disponible. De ce point de vue, la catégorisation sociale d’autrui est à l’œuvre dans deux directions. Catégorisation inductive : sur la base dindices parfois ténus (pensez à limage que vous vous faites de quelquun que vous entendez pour la première fois au téléphone), nous assimilons autrui à des catégories de personnes connues de nous, nous comblons linformation manquante par des inférences ; la machine à catégoriser une personne fonctionne dautant plus quon connaît mal cette personne, c'est-à-dire quon est dépourvu dinformations sur ce qui la singularise, la distingue des autres ; on recherche donc les caractéristiques que, par hypothèse, elle doit partager avec dautres ; cest un processus dassimilation cognitive automatique. Catégorisation déductive : une personne étant assimilée à une catégorie, soit sur la base dindices plus ou moins manifestes ("cest un arabe"), soit par inférence ("daprès son nom, il doit être corse"), on a tendance à lui prêter les caractéristiques dont est doté le prototype de cette catégorie ou des exemplaires connus de nous. Si bien quà linformation individuante que lon a sur cette personne (tel trait de personnalité, par exemple) sont associées de façon automatique les (ou des) caractéristiques catégorielles inférées, que ces caractéristiques concernent le comportement, ou la personnalité, le mode de vie, les opinions, etc. de la personne.
Ces mécanismes fonctionnent très bien dans les relations aux personnes dont certaines caractéristiques ethnico-raciales sont saillantes (nom, faciès, élément de vêtement, etc.) Biais relatifs à la connaissance des groupes sociaux Ces phénomènes concernent la perception des groupes ou les jugements sur certaines de leurs propriétés ; ils ont généralement été mis en évidence de façon expérimentale et chez ladulte, les catégories ethnico-raciales (comme les catégories de sexe) ayant fréquemment servi. Voici un échantillon des biais les mieux établis (Leyens, Yzerbyt & Schadron, 1996). Tendance à exagérer les différences intergroupes, et à surestimer les ressemblances intragroupes. Le fait que des individus puissent être rapportés à des catégories différentes conduit à voir plus de différences psychologiques ou physiques entre eux que si les mêmes individus ne sont pas différenciés sur le plan catégoriel. La catégorisation, en homogénéisant un groupe, et en accentuant sa singularité, facilite laffectation de traits communs aux membres de ce groupe. Cet effet est un des soubassements cognitifs du stéréotypage. Tendance à juger quun groupe auquel on appartient (nous, endogroupe) est plus hétérogène quun groupe auquel on nappartient pas (eux, exogroupe). Les jugements des individus (fussent-ils des sujets expérimentaux) sur les groupes sont en partie liés à leur appartenance ou non à ces groupes. Nous avons tendance à considérer que les groupes auxquels nous nappartenons pas (exogroupes), sont moins diversifiés que les groupes auxquels nous appartenons (endogroupes). Ce phénomène dhomogénéisation de lexogroupe peut être interprété de deux façons. Selon une interprétation cognitive (ou informationnelle) nous connaissons mieux les individus des groupes auxquels nous appartenons et, de ce fait, nous avons plus dinformation individuante sur ces derniers, doù le jugement de plus grande diversité. Lautre explication relève dune approche en termes didentité sociale : si, tout en saffirmant membre dun groupe, on veut sauvegarder sa "distinctivité", il est (psycho)logique de penser son propre groupe comme constitué dindividualités assez marquées. Tendance à percevoir plus de différences (psychologiques, physiques...) entre les membres dun groupe majoritaire quentre les membres dun groupe minoritaire. Les groupes sociaux ne sont pas des entités isolées ; dans la réalité sociale ils sont fréquemment reliés les uns aux autres par des rapports sociaux. Dans certains cas, il sagit de rapports de domination (économique, politique, culturelle), deux groupes tirant de leur relation même le statut, pour lun, de groupe dominant, pour lautre, de groupe dominé. De nombreux travaux montrent que généralement les groupes dominants sont perçus comme plus hétérogènes (on y suppose plus de diversité interindividuelle) que les groupes dominés (« ils sont tous pareils »). Cest dire que le stéréotypage des membres des groupes dominés est plus intensif que celui des membres des groupes dominants. Cet effet sapplique tout particulièrement aux groupes ethniques en contact qui sont toujours dans des rapports de domination. Asymétrie du jugement de similitude en fonction de lappartenance de groupe. Dans le cas de deux individus appartenant à deux groupes différents, dont lun est dominant par rapport à lautre, le "dominé" est jugé ressembler plus au "dominant" que linverse. En psychologie cognitive on sait que toute comparaison est orientée : deux objets étant comparés, on prend spontanément lun des deux comme point de référence, auquel lautre est rapporté. Plusieurs propriétés peuvent conférer à un objet son statut de point de référence spontané : quand les deux objets appartiennent à la même catégorie, cest le plus prototypique des deux qui est pris comme point de référence. Dans le cas des rapports intergroupes, cest la valeur de référence sociale que confère le statut de dominant à un des groupes qui explique le phénomène dasymétrie évoqué ici. Dans la comparaison, le groupe dominant sert de point de référence, les autres groupes sont rapportés à lui et non linverse. Ce qui est dit des groupes sapplique aux membres réels ou supposés de ces groupes. Tendance à favoriser le groupe auquel on appartient. Le favoritisme à légard de son propre groupe au détriment des membres dun autre groupe se vérifie généralement, y compris quand les groupes de référence sont très peu investis (paradigme du groupe minimal). Les stéréotypes implicites des appartenances ethniques Ce sous-titre est aussi celui dun chapitre du livre de Chanouf (2004) sur les influences inconscientes. On le résumera ici en empruntant largement aux formulations de lauteur. Devine (1989) a montré expérimentalement que chez ladulte les stéréotypes raciaux sont activables de manière totalement inconsciente. Dans une de ses recherches, une liste de mots est présentée aux sujets (étudiants "blancs"), à raison de 80 millisecondes par mot ; à cette vitesse dexposition sur un écran, les sujets ne peuvent pas lire les mots, il sagit dun amorçage subliminal. Deux conditions expérimentales ont été organisées. Dans lune de ces conditions, 80% des mots de la liste étaient des termes (positifs et négatifs) liés au stéréotype du "noir" en vigueur à cette époque aux Etats-Unis, tels que : paresseux, athlète, jazz, Harlem, ghetto, basket-ball, etc., les autres mots étant neutres (sans rapport avec un stéréotype quelconque). Dans une autre condition expérimentale, seulement 20% des mots de la liste renvoyaient au stéréotype du "noir", les autres étant neutres. Puis chaque sujet était amené à donner son impression sur un individu-cible dune ethnie indéterminée, décrit (dans un texte) dune manière assez floue, permettant aussi bien de le juger comme agressif que comme non agressif. Les résultats montrent que la cible a été jugée plus hostile par les participants placés antérieurement en condition 80% de mots stéréotypiques du "noir" que par les sujets placés en condition 20%. Autrement dit, les sujets qui ont été exposés, à leur insu, au stéréotype du noir américain, ont interprété linformation sur une personne-cible assez floue de façon plus négative que les autres sujets. Le préjugé négatif associé au stéréotype du "noir" a été amorcé et a fonctionné en dehors de toute conscience. Le développement de la catégorisation sociale : la théorie standard Comment les catégories sociales, dont nous venons dévoquer le rôle dans les relations interpersonnelles, se construisent-elles sur le plan cognitif ? Selon la théorie standard, lenfant commence par percevoir des différences de caractéristiques physiques entre des individus ; certaines de ces caractéristiques (par exemple le sexe ou la couleur de la peau) sont saillantes dans la perception qua le bébé de son environnement social et tout particulièrement des personnes familières. A une deuxième étape, ces différences prennent valeur de critères de partition entre les personnes, sur la base de traits partagés par les uns et pas par les autres. Il sagit dun début de connaissance générique qui fait que, même chez une personne étrangère pour lenfant, un tel trait (le sexe de la personne, par exemple) fait partie des attributs pertinents pour la régulation des comportements dans la relation à cette personne. A une troisième étape, lenfant apprend de son entourage des étiquettes verbales pour désigner les personnes par cet attribut générique (les "monsieurs", les "bébés", les "grands", les "filles", etc.). Lenfant a acquis un début de connaissance sur des "sortes de personnes", identifiables perceptivement et étiquetables par un mot intégré à son lexique. Il peut alors, lui-même, évoquer des "sortes de personnes", y compris à partir de critères non directement observables, ou à propos de groupes sans exemplaire connu de sa part (les "chinois"). Enfin, ces classes déquivalence étant constituées, des contenus additionnels et génériques (concernant tous les membres de la catégorie) viendront enrichir la connaissance catégorielle des enfants. Ces contenus sont surtout largement transmis par les adultes, ou rencontrés dans les différentes représentations et les différents discours véhiculés sur les groupes humains dans une culture donnée (par exemple, par le biais de la télévision, dans nos cultures). On les appelle alors des stéréotypes. Ce stade est celui de la connaissance adulte des catégories sociales, le développement des capacités de catégorisation sociale saccordant au développement cognitif général. Le développement de la catégorisation sociale : le courant domain-specific Les chercheurs auxquels nous faisons référence appartiennent à un courant relativement récent (post-piagétien, en tous cas) détude du développement conceptuel chez lenfant. Selon les partisans de ce courant, une partie des compétences des jeunes enfants à interpréter (et à agir sur) le monde physique et le monde social dans lesquels ils évoluent, ne sont pas le simple reflet de leurs capacités cognitives générales (capacités de raisonnement), et ne se développent pas parallèlement à ces capacités. Dans certains domaines de compétence, les enfants feraient preuve de dispositions cognitives précoces et spécifiques. Celles-ci sont sous-tendues par des connaissances organisées spécialisées dans lappréhension cognitive et comportementale de ces domaines ( domain-specific, en anglais), ces connaissances ayant les propriétés de véritables théories (naœves) sur le monde. « Dune manière générale, une théorie nave possède au moins quatre caractéristiques : une ontologie, un ensemble de croyances interconnectées, des lois causales spécifiques au domaine, et le recours à des inobservables pour justifier lexistence dune catégorie,... De nombreux auteurs récents ont pris le parti de décrire le développement conceptuel de lenfant en partant de létude des théories dans lesquelles les concepts sont insérés. » (Thibaut, 1999 ; p. 361). Ainsi, les recherches se multiplient-elles sur les théories précoces des enfants (des bébés) dans le domaine du fonctionnement psychique des humains (théories de lesprit), dans le domaine de la biologie (distinction entre le vivant et le non-vivant, par exemple), ou dans le domaine de la physique. Cette attention aux compétences spécialisées de lenfant humain sinscrit dans le prolongement dune vision modulaire de lesprit (Fodor) à laquelle Chomski avait donné un crédit initial pour le domaine le plus spécifique de la cognition humaine : le langage. Sagissant de la "race" : les travaux dHirschfeld Classiquement, le constat de la saillance du critère de couleur de la peau (pour ne pas dire "race") dans la catégorisation des personnes par les enfants de 3-4 ans, a été établi avec une méthodologie qui consiste à mettre lenfant face à un matériel constitué de dessins, de photos ou de poupées, représentant des personnages à peau claire et à peau foncée, variant éventuellement par dautres caractéristiques (sexe par exemple), et à leur demander de « mettre ensemble ce qui va ensemble ». Dans ces conditions, on observe généralement que les enfants utilisent très tôt le critère de la couleur de la peau pour faire des groupements. Les auteurs en concluent généralement que les enfants ont la capacité perceptive de distinguer et de grouper les personnes selon leur "race", prémices de la catégorisation raciale, une conception empiriste du développement conceptuel, en quelque sorte. Or, Hirschfeld sest efforcé de montrer quau même âge, vers 3-4 ans, les enfants disposent dun ensemble de connaissances (une théorie) sur la "race" qui :
Plusieurs recherches ont été conduites à lappui de ces conjectures. En voici un exemple, décrit ici rapidement et concernant les points a et b mentionnés ci-dessus.
Certaines triades contrastent la couleur de la peau et la corpulence, dautres, la corpulence et le métier, dautres encore, la couleur de la peau et le métier. En répondant aux questions présentées ci-dessus, les enfants décident laquelle des trois propriétés est la plus centrale, la plus ontologique, dans lidentité des personnages. Si, avec la théorie standard, on pense que les enfants à cet âge nont pas de connaissance organisée sur la catégorie de personnes représentée par la couleur de la peau, quils répondent au hasard ou quils sappuient sur des indices visuels quels quils soient, alors on doit sattendre à ce que les trois critères soient utilisés de façon équifréquentielle par les sujets. Si cela nest pas le cas, et que le critère couleur de la peau est plus fréquemment utilisé que les autres (hypothèse dHirschfeld), cela confèrera à cette propriété humaine un statut particulier dans la catégorisation enfantine des personnes. Les résultats montrent qu'à 4 ans la majorité des enfants interrogés par Hirschfeld témoignent par leur réponse que :
Bien plus quun simple critère visuel de classification parmi dautres, la couleur de la peau semble constituer pour ces enfants une caractéristique dont ils connaissent les propriétés biologiques essentielles. Au bout du compte, ces travaux montrent, daprès Hirschfeld, que des enfants bien avant lâge de 6 ans attribuent aux membres dune même "race" (dans la terminologie adulte), des propriétés partagées qui vont bien au-delà de la similitude dattributs observables, de lapparence ou du faciès. Les très jeunes enfants considèrent certains traits physiques comme porteurs didentité, et dautres pas ; pour eux ces traits sont fixés à la naissance et hérités des parents ; pour eux, enfin, ces traits sont inaltérables, non modifiables par lexpérience sociale. Il y a là plus dun argument à lappui de la thèse selon laquelle une telle conception traduit de la part des enfants une théorie précoce et dessence biologique sur la "race" : un domaine conceptuel plus quun principe de classification. Conséquences et débat autour des travaux de Hirschfeld Les travaux dHirschfeld soulèvent des questions de différents ordres. Ecartons dabord le soupçon de racisme que ces travaux pourraient faire peser sur lauteur, et quaucun de ses contradicteurs ne lui adresse dailleurs, les positions du chercheur à cet égard étant bien connues dans la communauté scientifique. Pour Hirschfeld, il ny a pas de doute que le concept de "race" na aucune rationalité scientifique, quil ny a quune "race" humaine, que les partitions catégorielles utilisées par les hommes pour distinguer des "sortes dhommes" ne correspondent à aucune entité biologique génétiquement séparable des autres, quaucune caractéristique psychologique (trait de personnalité ou intelligence, par exemple) ne peut caractériser un groupe humain à partir du taux de mélanine dans sa peau, etc. Il dénonce le racisme latent ou les présupposés racistes contenus dans les lois américaines ( one drop rule ) etc. ; bref, Hirschfeld étudie la pensée raciale ou racialiste, il ne réifie pas le concept de "race". Certaines discussions concernent la validité des résultats obtenus par Hirschfeld, ou le bien fondé de leur interprétation. Ce type de dispute est la règle en psychologie, comme dans les autres disciplines scientifiques. Nous nen prendrons quun exemple. En 1997 la revue Cognition a publié dans un même numéro une contestation des données dHirschfeld par Kim (1997) et la réponse dHirschfeld (1997). Le point de discussion portait sur la question de savoir si dans les recherches de 1995, lutilisation de la switched-at-birth task (scénario de lerreur dattribution des bébés à leurs parents, après la naissance) permettait vraiment daffirmer que les réponses des enfants (cf. plus haut) reflétaient un mode spécifiquement biologique de raisonnement. Hirschfeld na pas trop de difficulté à recenser dautres recherches, dont les résultats convergent avec ceux de 1995, qui montrent que les enfants de 4-5 ans associent de façon assez systématique les bébés à leurs parents biologiques ( vs adoptifs), quand les critères dappariement sont des critères de ressemblance corporelle ; tel nest pas le cas quand il sagit de critères psychologiques, de critères vestimentaires ou de critères professionnels. Avant 6 ans, les enfants sont nativistes pour les caractéristiques biologiques, et environnementalistes pour les caractéristiques non biologiques. Et, rappelons-le, parmi les caractéristiques biologiques, ils sont davantage nativistes pour la couleur de la peau que pour la corpulence, par exemple. En France, la revue LHomme a publié successivement un article dHirschfeld intitulé La règle de la goutte de sang ou comment lidée de "race" vient aux enfants (en 1999), puis dans un même numéro (en 2000) un long commentaire de Georges Guille-Escuret et la réponse dHirschfeld. Larticle-source de Hirschfeld rapportait des résultats figurant dans louvrage cité plus haut sur lopinion des enfants de 8 ans, des enfants de 12 ans et des adultes sur la couleur de la peau dun enfant de couple mixte. Ces données montrent que la one drop rule (une goutte de sang noir - un antécédent dans la lignée- suffit pour quon soit considéré comme noir, alors que linverse nest pas vrai - un noir qui a eu un antécédent blanc est considéré comme noir- règle encore en usage aux Etats-unis) absente des "théories" raciales des enfants les plus jeunes, sinstalle chez lenfant de 12 ans et fait partie des convictions de la majorité des adultes.
Conclusion
Il ne sagissait pas dans ce texte détudier de façon systématique la question de lautomaticité éventuelle de la catégorisation ethnico-raciale, mais de prendre des exemples de travaux ayant un rapport étroit avec cette question. Au-delà des débats suscités par ces travaux, et au-delà des divergences de leurs attendus théoriques, il reste quils reflètent la conviction largement partagée parmi les chercheurs que la catégorisation sociale, a fortiori quand elle est construite sur la base de caractéristiques physiques, est un processus profondément enraciné dans les processus d’adaptation de l’homme à son environnement social. Si l’ethnicisation-racialisation des rapports sociaux trouve si facilement à s’exprimer de façon négative (ethnophobie, racisme, ségrégation) ou de façon positive (ethnophilie, multiethnisme, valorisation de la différence), c’est qu’elle prend appui sur des mécanismes psychologiques (cognitifs, conatifs et comportementaux) très précocement installés au cours du développement de l’enfant, et d’une grande disponibilité chez l’adulte. Sachant cela, la question qui se pose est celle de la façon dont l’éducation et l’organisation sociale peuvent contribuer à atténuer les effets négatifs (préjudice) de ces "dispositions" culturelles archaïques. Références Aboud, F. E. (1988). Children and Prejudice. London : Blackwell Publishers. Chanouf, A. (2004). Les influences inconscientes. Paris : Armand Colin. Devine, P. G. (1989). Stereotypes and prejudice : their automatic and controlled components. Journal of Personality and Social Psychology, 56, 5-18. Fiske, S. T., & Neuberg, S. L. (1990). A continuum of impression formation, from category based to individuating processes : influences of information and motivation on attention and interpretation. Advances in Experimental Social Psychology, 23, 1-74. Guille-Escuret, G. (2000). Lenfant, la race et la hiérarchie. L’Homme, 153, http://lhomme.revues.org/document16.html Hirschfeld, L. A. (1996). Race in the making. Cambridge MA : MIT Press.
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