Les mutations des structures socio-résidentielles marseillaises entre 1990 et 1999

Thomas Bresson*

Doctorant en géographie, TELEMME – MMSH,Université de Provence

Les fortes tensions qui règnent actuellement sur les marchésfonciers et immobiliers en France engendrent des processusségrégatifs dont les conséquences sociales sont importantes car, àtravers le cumul de handicaps matériels et symboliques qu’ilsentraînent, ils constituent des freins à l’intégration sociale desindividus. Un traitement statistique cartographié de donnéesissues des recensements généraux de la population de 1990 et1999, recueillies à l’échelle des 393 IRIS (unités spatiales définiespar l’INSEE) de la commune de Marseille a permis de mesurer lanature des redistributions socio-résidentielles qui se sont opéréesentre ces deux dates.

La forte hausse des prix fonciers et immobiliers intervenue au cours des dernières années dans laplupart des agglomérations françaises1 a largement compromis les objectifs de mixité sociale et dediversité de l’habitat pourtant régulièrement affirmés par le législateur2. Les difficultés rencontrées par de nombreux ménages pour se loger atteignent un niveau sans précédentdepuis la fin des années soixante-dix. Après plusieurs décennies d’exercice d’une politique publique dulogement particulièrement volontariste, la question du logement semblait enfin avoir été réglée3. Ainsi,1128 000 HLM avaient été construits entre 1966 et 1975. Mais ces données contrastent singulièrementavec la situation actuelle puisque avec 300 000 logements construits entre 1995 et 2002, le nombre delogements produits annuellement a été divisé par trois entre les deux périodes.Ce sont logiquement les demandes émanant des couches socialement les plus fragiles qui ont le pluspâti de cette évolution. Ainsi, plus d’un million de demandes de logements HLM étaient non satisfaitesen 2002, cela contraignant de nombreux ménages à consentir des niveaux d’efforts très élevés pour seloger dans le secteur libre. Mais la pénurie est telle, qu’elle affecte désormais des catégories deménages qui disposaient jusque-là d’une palette relativement large pour orienter leurs choix résidentiels. De nombreux secteurs des agglomérations deviennent inaccessibles aux couches populaires et même à une frange importante des catégories moyennes qui doivent se rabattre sur destypes de logements et des environnements résidentiels moins attractifs.Pourtant, l’accès au logement est un déterminant essentiel du destin social des individus. Il peut êtreun facteur de handicaps pouvant compromettre sérieusement leur intégration sociale : difficultésd’accès aux zones d’emploi et à certains services collectifs pour ceux qui résident dans des territoiresexcentrés, discriminations liées à l’adresse, au niveau scolaire inférieur dans les écoles des quartiersdéfavorisés, etc.Mais au-delà du préjudice individuel, le coût social et économique de la crise du logement et de laségrégation spatiale qu’elle produit est élevé et, en définitive, à la charge de la collectivité4. Celle-ci est mise à contribution pour assurer les transferts sociaux rendus nécessaires par la fracture sociale, quece soit en matière d’aide sociale de droit commun (allocations pour les chômeurs, RMI, etc.),d’intervention sociale spécifique (politique de la ville), ou encore à travers les coûts liés à la gestion etaux réparations des effets des incivilités et des actes de délinquance entraînés par l’accumulationd’échecs (scolaires, professionnels, résidentiels, etc.) et l’absence de perspectives de promotionsociale. La ville de Marseille est confrontée directement à cette situation du fait du renchérissement des marchés immobiliers et fonciers et de la diminution corrélative de la solvabilité des ses habitants. Ce rapport est d’autant plus tendu qu’une part importante de sa population se trouve en situation deprécarité (environ 17% de sa population vit en dessous du seuil de pauvreté).On se propose d’analyser les transformations de la structure socio-résidentielle marseillaise entre 1990et 1999 à partir des données des recensements généraux de population, traitées à l’échelle des IRIS(unité spatiale inférieure ou égale à celle du quartier administratif), pour l’ensemble du territoire de lacommune de Marseille qui comporte 393 IRIS. Il s’agit de comparer la structure socio-résidentiellemarseillaise de 1990 avec celle de 1999, pour tenter d’identifier les recompositions socio-spatiales encours dans la commune. Le traitement statistique retenu est une analyse en composantes principales(ACP), méthode couramment employée par les géographes pour mettre en évidence des relations entreles variables retenues et des unités géographiques (en l’occurrence les IRIS). Dans l’étude qui suit, 38variables ont été retenues5 relevant de deux rubriques: le profil résidentiel des IRIS (caractéristiquesdes logements et statuts d’occupation) et leur profil sociologique (structures familiales et activité deschefs de ménages).

La structure socio-résidentielle de l’espace marseillais en 1990

Les deux premières composantes principales de l’analyse cumulent 46.5 % de l’information. Ellesindiquent deux logiques d’organisation de l’espace socio-résidentiel marseillais en 1990.

Première composante principale (24 % de l’information): l’opposition entre les catégoriespopulaires des grands ensembles des quartiers nord et les catégories moyennes et supérieures desquartiers péricentraux du sud et de l’est (Fig. 1)

Ce premier axe met en évidence une structuration nord/sud bien connue de la morphologie sociorésidentielle marseillaise, reposant avant tout sur des critères sociologiques, puis secondairement sur lestatut d’occupation des résidences principales. Deux ensembles socio-résidentiels se distinguent seloncette logique:

-Le péricentre sud et est, qui se caractérise par des catégories moyennes et supérieures identifiées parles fortes saturations des variables professions intermédiaires, cadres professions intellectuellessupérieures, niveau de diplôme Bac + 2 et niveau supérieur; par des ménages de petite taille,ménages d’une personne et ménages de deux personnes; par une assez forte représentation de 60 anset plus et enfin par l’association des statuts d’occupation des résidences principales propriétaires et locataires non HLM. Il s’étend sur la quasi-totalité des 4ème, 5ème, 6ème, et 7ème arrondissements,et une partie des 8ème, 9ème et 12ème arrondissements.

-Les grands ensembles populaires des quartiers nord forment un axe est/ouest allant du 13ème au16ème arrondissement. Ils se définissent sur le plan des structures familiales par une fortereprésentation des familles de 5 personnes et plus et de la tranche d’âge des 0-19 ans. Leurdimension populaire est confirmée par les fortes saturations des variables ouvriers, chômeurs etaucun diplôme et par la location HLM comme statut d’occupation dominant des résidencesprincipales.

Deuxième composante principale (22.5 % de l’information): l’opposition entre le centrepopulaire et la périphérie (Fig. 2)

Cette seconde logique de structuration de l’espace est très complémentaire de la première. Deuxnouveaux ensembles socio-résidentiels s’y dessinent:

-Les quartiers centraux et péricentraux du nord (1er, 2ème, 3ème et sud du 15ème arrondissements),ainsi que quelques îlots des 4ème, 5ème et 6ème arrondissements correspondent au parc deslogements anciens (forte représentation des logements construits avant 1948), souvent précaires(nombreux logements vacants), constituant un parc social «de fait» d’où la présence de la locationnon HLM comme statut d’occupation le plus représentatif. La précarité de cet ensemble est marquéepar la surreprésentation des variables chômeurs, sans aucun diplôme, personnes nées hors Francemétropolitaine et ménages monoparentaux. La précarité associée à la centralité explique la fortereprésentation des ménages sans voiture.

-Un espace périphérique de logements relativement récents (construits entre 49 et 82), assez grands(nombre moyen de pièces par logements élevé), accueillant des couples propriétaires avec enfants(familles de trois à quatre personnes) et possédant fréquemment deux voitures et plus. Les IRISreprésentatifs de ce profil socio-résidentiel sont assez peu nombreux, localisés dans la périphériesud, est et nord-est de la ville.

Typologie socio-résidentielle des IRIS en 1990 (Fig. 3 & 4)

Le croisement des informations issues des deux premières composantes permet de dégager unetypologie socio-résidentielle des IRIS de la commune. Quatre types se distinguent :

Le type «péricentre et périphérie des catégories moyennes et supérieures». Ce type associe des caractères sociaux représentatifs des catégories moyennes et supérieures(professions intermédiaires, cadres professions intellectuelles supérieures, niveau de diplôme Bac +2 et niveau supérieur), à des structures familiales de couples avec un ou deux enfants, mais aussiplus réduites avec des ménages de une ou deux personnes du fait de la présence des 60 ans et plus.Le parc de logements représentatif de ce type est plutôt récent et composé de logements souventassez grands. Les propriétaires et les locataires du secteur libre (locataires non HLM) sont les deuxformes d’occupation dominantes des résidences principales.Cet ensemble socio-résidentiel se répartit entre le péri-centre sud et est, les quartiers sud, l’est deMarseille (au nord de la vallée de l’Huveaune plus populaire) et quelques quartiers des 13ème et14ème arrondissements.
Le type «périphérie des catégories populaires et moyennes». Le profil socio-résidentiel de ce second type associe les caractéristiques du parc de logement et desstatuts d’occupation des résidences principales du type précédent (périphérique) avec les caractéristiques sociales populaires voire précaires de la première composante principale (ouvriers,chômeurs et titulaires d’aucun diplôme). La plupart des IRIS appartenant à ce deuxième type sociorésidentiel se localisent dans les quartiers nord de la ville (du 13ème au 16ème arrondissement),dans la vallée de l’Huveaune (essentiellement le 11ème arrondissement, mais débordant sur les 10ème et 12ème arrondissements) et très ponctuellement sous forme d’îlots en marge des quartierssud (8ème et 9ème arrondissements).-
Le type «centre-ville et péricentre avec de forts contrastes sociaux». Ce profil se caractérise avant tout par son extrême hétérogénéité sociale. Les caractères communsaux IRIS appartenant à ce type socio-résidentiel tiennent quasiment uniquement à la petite taille desménages et à sa localisation dans le parc ancien. Les profils sociaux des IRIS entrant dans ce typesont très contrastés. Ils dépendent à la fois de l’état du parc de logements et de leur localisation. Lecentre et le péricentre nord accueillent les profils les plus populaires (à l’image de l’IRIS CamillePelletan qui se rapproche du type suivant).
Le type «grands ensembles et parc social de fait des catégories populaires et précaires». Les populations composant ce dernier type appartiennent majoritairement aux couches populaires etpeuvent même présenter des caractères de précarité (ouvriers, chômeurs titulaires d’aucun diplôme,personnes nées hors France métropolitaine, ménages monoparentaux). Les structures familialesvariées associant des familles nombreuses et des ménages d’une personne seule tiennent àl’hétérogénéité de leur profil résidentiel. Le parc de logements de cet ensemble socio-résidentielcomprend en effet à la fois des cités HLM paupérisées (La Bricarde, la Savine), des copropriétéspaupérisées (Parc Bellevue) et des logements anciens dégradés faisant office de logements sociauxde fait. La diversité du parc de logements explique la dispersion des IRIS entre le centre-ville et lapériphérie nord.

La structure socio-résidentielle de Marseille en 1999

Les résultats de l’ACP réalisée sur la base des données du recensement de 1999 présentent logiquementde nombreuses similitudes avec ceux de 1990. On remarquera cependant un certain nombre decaractères nouveaux qui permettent de distinguer des mutations en cours dans la structure sociorésidentielle marseillaise.

Première composante principale (22.9 % de l’information): l’opposition entre les populationsprécaires du parc social (institutionnel et de fait) et les catégories supérieures propriétaires (Fig.5)

En 1990 le premier axe opposait les catégories moyennes et supérieures du péricentre sud et est auxcatégories populaires des grands ensembles des quartiers nord et de la vallée de l’Huveaune. En 1999,la structure socio-résidentielle de l’espace marseillais mise en évidence par la première composanteprincipale, présente deux ensembles socio-résidentiels encore plus contrastés.

Le premier ensemble socio-résidentiel présente un profil social caractéristique des catégoriessupérieures et (secondairement) moyennes, avec de fortes saturations des variables : diplômes deniveau supérieur, Bac + 2, Bac-brevet professionnel, cadres, professions intellectuelles supérieures.Ce profil se complète sur le plan résidentiel par une forte représentation des propriétaires parmi lesstatuts d’occupation des résidences principales. En termes de localisations, ce profil forme un pôlecentré sur le nord du 8ème arrondissement. Il est également assez fortement représenté dans les 9èmeet 12ème arrondissements.
Le second ensemble cumule des indicateurs de précarité sociale : individus titulaires d’aucundiplôme, ouvriers, chômage élevé, individus nés hors France métropolitaine, densité élevée depersonnes par pièces, ménages de 5 personnes et plus avec une forte représentation de la tranched’âge des 0-19 ans, familles monoparentales, et ménages sans voiture. Les locataires HLM sontassociés à ce profil précaire. Les IRIS associés à ce profil comprennent un grande partie des citésHLM des quartiers nord, mais aussi des copropriétés dégradées du péri-centre nord comme la citéBellevue dans le 3ème arrondissement.
Deuxième composante principale (17.6 % de l’information) : l’opposition centre-périphérie (Fig.6)

La deuxième composante avait mis en avant une logique d’opposition centre-périphérie en 1990. Il enest de même en 1999, avec une nuance cependant, puisque les indicateurs sociaux qui étaient associésau centre-ville disparaissent en 1999. Les deux ensembles socio-résidentiels qui émergent, sedéfinissent uniquement par la structure du parc de logement et par les structures familiales.

-Le centre et le péricentre (du 1er au 6ème arrondissement) se caractérisent par la forte représentationdes ménages d’une personne et sans voiture. Dans ce parc ancien, les logements construits avant1948 restent bien représentés, ainsi que les logements vacants. Le profil caractéristique des occupants des résidences principales est celui des locataires non HLM.

-Le profil périphérique se caractérise par des logements grands (nombre moyen de pièces par logementélevé) et récents (construits entre 1949 et 1982). Les ménages de 3 ou 4 personnes y sont fortementreprésentés. Beaucoup possèdent 2 voitures ou plus. Les IRIS véritablement représentatifs de ceprofil sont assez peu nombreux. Ils se situent dans les marges sud et est de la ville, dans les 9ème,11ème et 13ème arrondissements.

Typologie socio-résidentielle des IRIS en 1999 (Fig. 7 et 8)

Comme pour l’analyse de 1990, le croisement des informations issues des deux premières composantesde l’ACP permet de dégager une typologie socio-résidentielle des IRIS de la commune selon quatrenouveaux types:

Le type «parc résidentiel périphérique des catégories supérieures et moyennes». Le profil socio-résidentiel de ce type est très proche de celui qui avait été identifié pour les donnéesde 1990. Il en diffère cependant légèrement par son emprise territoriale. En 1999, il est en effetdésormais plus strictement périphérique suite à son recul dans le péricentre sud. Il devient par contreplus prégnant à l’est et au nord de la ville, en progressant dans la vallée de l’Huveaune et dans le norddes 13ème et 14ème arrondissements. Il apparaît même dans les 15ème et 16ème arrondissements oùil était à peu près absent en 1990.
Le type «parc résidentiel périphérique des catégories populaires et précaires». Ce type englobe la plupart des grandes cités HLM de la ville ainsi que des quartiers populaires périphériques dans lesquels les logements collectifs sont très présents. Le profil social des populationsest très nettement populaire ou précaire (individus titulaires d’aucun diplôme, ouvriers, chômageélevé, individus nés hors France métropolitaine, familles monoparentales). C’est dans les quartiersnord que ce type est le mieux représenté. On le retrouve également dans la vallée de l’Huveaune ettrès partiellement dans les quartiers sud.
Le type «parc immobilier ancien des couches moyennes et supérieures». Les IRIS entrant dans cette catégorie se définissent par leur profil social représentatif des catégoriesmoyennes et supérieures et sur le plan de leur profil résidentiel par une surreprésentation delogements anciens. La plupart d’entre eux se répartissent entre les 1er, 4ème, 5ème, 6ème, 7ème, et8ème arrondissements.
Le type «parc immobilier ancien des catégories populaires et précaires». Il associe des variables mettant en avant les caractéristiques populaires et précaires de la premièrecomposante principale, aux spécificités du parc ancien du centre-ville qui, en l’occurrence, remplit lafonction de parc social de fait. Ce dernier ensemble socio-résidentiel forme un groupe compact, centré sur les 1er, 2ème et 3ème arrondissements, débordant au nord sur les 14ème et 15ème arrondissements, puis apparaissant sous forme d’îlots dégradés dans les quartiers sud et est (commepar exemple le Rouet ou le village de Saint-Marcel, respectivement dans les 8ème et 11èmearrondissements).

Les mutations en cours dans la structure socio-résidentielle de Marseille

Deux tendances principales émergent des traitements statistique et cartographique réalisés ci-dessus. Laville tend, d’une part, à se diviser en territoires plus homogènes sur le plan de leur compositionsociologique et de leur profil résidentiel. On assiste, d’autre part, à une tendance à la rétractationspatiale des ensembles socio-résidentiels à dominante populaire sous l’effet de l’expansion de l’empriserésidentielle des catégories moyennes et supérieures.

L’homogénéisation sociale des territoires de la ville

Sur la base des données de 1990, les composantes principales dégagent des logiques de structuration del’espace pouvant associer sur un même territoire des profils sociaux ou des profils résidentielsrelativement hétérogènes. C’est le cas par exemple de l’ensemble «centre-ville et péri-centre avec de forts contrastes sociaux» dans lequel se côtoient des IRIS à dominante populaire, moyenne et supérieure, ou du type «grands ensembles et parc social de fait des catégories populaires et précaires» dans lequel se rencontrent des IRIS comprenant des segments très différents du parc de logements, d’oùune répartition très éclatée dans l’espace.Les mêmes variables font apparaître pour 1999 une structure socio-résidentielle marseillaise sedécomposant en ensembles plus homogènes et spatialement plutôt plus cohérents qu’en 1990,notamment en ce qui concerne les ensembles socio-résidentiels populaires. On peut ainsi constater unedistinction très nette entre le profil populaire des grands ensembles et celui du parc ancien, qui se traduitspatialement par la polarisation d’un espace territorial très compact formé par le type «parc immobilierancien des couches populaires et précaires», mais aussi par une très nette spécialisation sur lesquartiers nord du profil «périphérie populaire et précaire».

La rétractation spatiale des territoires socio-résidentiels à dominante populaire

Ces mutations en cours tiennent très largement aux fortes tensions qui ont régné, tout au long des annéesquatre-vingt-dix, sur les marchés fonciers et immobiliers marseillais. La forte demande a entraîné unehausse des prix qui a doublement réduit les opportunités résidentielles des catégories populaires.

Qualitativement, parce que les capacités d’accueil insuffisantes du parc de logements sociaux les ontconduites vers le parc ancien dégradé. Quantitativement parce que des pans entiers du sud et de l’estde la ville leur sont devenus inaccessibles, limitant considérablement l’orientation géographiquepotentielle de leurs trajectoires résidentielles.La compétition sur les marchés immobiliers et fonciers tend donc à renforcer le processus deségrégation socio-spatiale. La pression de la demande est telle que l’on assiste à une poussée continuedes catégories moyennes et supérieures vers des segments du parc et des espaces résidentiels quijusque-là étaient peu attractifs ou encore non ouverts à l’urbanisation. Ainsi, la composante populairede la vallée de l’Huveaune recule, car son parc de logements collectifs devient de plus en plus attractif.Suivant la même logique, de saisissants contrastes se font jour dans les quartiers nord, notamment dansles 13ème et 16ème arrondissements, où à proximité des grandes cités paupérisées, apparaissent de nouveaux lotissements permettant à des ménages des catégories moyennes et supérieures d’accéder àun environnement de type périurbain, quitte à limiter au maximum leurs relations avec des alentourstrès précaires. Cette forte pression de la demande se traduit également par des formes de «gentrification» (conquête résidentielle de quartiers populaires par des catégories plus aisées) denoyaux villageois, attractifs par leurs prix et/ou par des qualités patrimoniales ou paysagèresparticulières, à l’image du quartier de l’Estaque dans le 16ème arrondissement.Inversement, les grands ensembles des quartiers nord et une partie du parc ancien social de fait restenttrès largement occupés par des ménages des couches populaires, voire précaires. On constate mêmeque les cités les plus répulsives et le parc ancien dégradé du péricentre nord (1er, 2ème et 3èmearrondissements) ont joué la fonction de réceptacle des populations les plus précaires.Ces tendances, si elles se confirment, ne vont pas dans le sens des objectifs de mixité sociale et dediversité de l’habitat. Pour les atténuer, l’Etat et les collectivités territoriales, doivent mener unepolitique plus volontariste de régulation des marchés fonciers et immobiliers.

Références

Fitoussi, J.-P., Eloi, L., & Maurice, J. (2003). Ségrégation urbaine et intégration sociale. Paris: Conseil d’analyse économique. La Documentation française.

Maurin, E. (2004). Le ghetto français. Enquête sur le séparatisme social. Paris : La République des Idées. Seuil.

Sanders, L. (1989). L’analyse statistique des données en géographie. Montpellier : G.I.P RECLUS. ALIDADE.