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Traïni, C., (dir.), Vote en PACA. Les élections 2002 en Provence-Alpes Côte dAzur, Paris : Karthala, février 2004
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Béatrice Blanchet *
La séquence électorale du printemps 2002 souvre avec le « séisme » du 21 Avril, qui vit lélimination de Lionel Jospin au soir du premier tour, suivie par la repolarisation des électorats lors des législatives des 9-16 juin suivants. Ces scrutins nationaux ont donné lieu à de multiples analyses par les sciences sociales ainsi quà des interrogations politiques. A partir de quelles échelles et instruments analyser ces phénomènes électoraux pour les comprendre sans occulter leur complexité ?
Cet ouvrage regroupe les contributions de jeunes politistes désireux dinterroger des phénomènes électoraux tels que lampleur croissante de labstention, lenracinement de lextrême droite ainsi que la prégnance dun clivage gauche-droite souvent mis en question lors de la campagne présidentielle. Par-delà la diversité de leurs focales analytiques, les contributions à cette réflexion collective partagent des méthodes et des convictions communes. Ainsi, les enjeux trop souvent perçus à travers le prisme national doivent être replacés dans leur contexte local, afin de tester la validité dhypothèses élaborées à des échelles plus globales. Lanalyse localisée des scrutins et des évolutions électorales favorise la compréhension des logiques à luvre dans une région dotée de spécificités rebelles à toute généralisation hâtive.
La région Provence-Alpes-Côte dAzur ne saurait être considérée comme une entité méridionale dotée dune identité homogène. Caractérisés par une notable diversité démographique (nombre dhabitants, densité de population, taux de chômage), dont témoignent les données comparées des recensements successifs, ses six départements comprennent de multiples territoires et cultures politiques. Létude de ces traits irréductibles à un hypothétique « caractère régional » révèle des faits qui méritent la plus grande attention. La région Provence-Alpes-Côte dAzur est caractérisée par un taux dabstention supérieur à sa moyenne nationale : des records dabstention furent ainsi atteints au premier tour des législatives de juin 2002, dans les circonscriptions azuréennes de Nice 1 (36,74 %) et de Nice 3 (36,33 %). Par ailleurs, alors même quelle est fortement marquée par lhéliocentrisme de populations à fort pouvoir dachat, la région PACA est devenue le bastion le plus connu de lextrême droite française. Ainsi, lors des présidentielles de 2002, le Vaucluse saffirmait comme le premier département lepéniste de France, le leader frontiste obtenant 32,39 % des suffrages dans la circonscription dOrange.
Les études regroupées dans cet ouvrage sinscrivent dans le cadre dune analyse « écologique » du vote, également nommée « analyse sociologique ». Dépassant les temporalités brèves rythmées par les échéances électorales successives, elle met en évidence des structures sous-jacentes durables qui contribuent à la formation de configurations partisanes. Traits fondamentaux des dynamiques du vote, les homologies et les variations électorales ont été mises à lépreuve par les contributeurs de louvrage, grâce à la constitution dune banque de données regroupant les résultats des présidentielles de 1988, 1995 et 2002, ainsi que ceux des législatives de 1997 et 2002. Le recueil de ces données a été effectué auprès des préfectures de la région Provence-Alpes Côte dAzur (Bouches du Rhône, Var, Alpes-Maritimes, Vaucluse, Hautes-Alpes, Alpes de Haute-Provence). Outre sa fiabilité, cette collecte de résultats validés par le Ministère de lIntérieur présentait la particularité de reposer sur les circonscriptions, unités danalyse intermédiaires plus fines que léchelon des départements et plus maniable que celui des communes. Le choix des quarante circonscriptions législatives de la région PACA comme unités danalyse se justifie en outre par la volonté de bénéficier de lagrégation des données du recensement de la population effectué par lINSEE en 1999. Ces données permettent déclairer des relations que la participation électorale entretient avec des caractéristiques socio-économiques telles que le taux de chômage et la répartition des catégories socio-professionnelles au sein des territoires.
La première partie de cet ouvrage est consacrée à lévolution du vote dextrême droite, considéré comme un des traits marquants des configurations partisanes en région PACA par la plupart des observateurs.
Larticle de Christophe Traïni met en lumière les décalages entre la théorie-en-usage fréquemment appliquée au « vote Front National » et les données propres à la région PACA. Il formule lhypothèse selon laquelle la médiatisation de cette interprétation, non seulement ne permet pas de rendre compte des ressorts du vote FN, mais bien plus encore constitue une forme de légitimation de la propagande populiste de lextrême droite.
Erwan Sommerer pour sa part sinterroge sur la possibilité de « vases communicants » entre les électorats du PC, de lextrême droite et de lextrême gauche. Analysant le déclin du parti communiste dans la région PACA, il remet en cause lhypothèse « gaucho-lepéniste » du vote frontiste.
La contribution de Gwenola Le Naour se fonde sur une échelle danalyse plus fine que la circonscription législative. A travers létude de résultats électoraux recueillis à Frais Vallon, quartier dhabitat social, Gwenola Le Naour démontre que les électeurs de cette cité entretiennent un rapport civique au politique qui prend la forme dun vote par intermittence. Les résultats des différents scrutins à Frais Vallon varient surtout en fonction denjeux locaux qui attestent du fait que les comportements des électeurs de la cité sapparentent moins à de lapathie quà un rapport critique à loffre politique proposée.
A la suite de ces études concernant limplantation des extrêmes, la deuxième partie de louvrage se penche sur les évolutions qui ont marqué les forces politiques « gouvernementales » depuis les années 1980.
Larticle de Frédérique Chadel sinterroge sur la reconstruction de la droite modérée. Fief de lextrême droite et de la droite modérée, la région PACA condense, en effet, les questionnements liés à la gestion dune confrontation opposant de longue date la droite et lextrême droite. Frédérique Chadel démontre que, face à la fidélisation dun vote partisan frontiste dans le sud-est, la droite modérée a pu sappuyer lors des législatives 2002 sur des réseaux locaux dominés par les notables. Ces logiques du vote reposant sur la forte capacité de mobilisation des élites locales dessinent la physionomie dune région avant tout marquée par les fidélités et les continuités électorales
Un tel réseau notabilitaire a fait défaut à Jean-Pierre Chevènement, un candidat qui ambitionnait de regrouper les républicains « des deux rives » au-delà didentifications partisanes jugés obsolètes par nombre de présidentiables. Larticle de Béatrice Blanchet sinterroge sur la pertinence du clivage gauche-droite ainsi que la responsabilité de la candidature dissidente de J.-P. Chevènement dans la défaite de Lionel Jospin. Le pari chevènementiste de faire « turbuler le système » sest finalement heurté à lattachement de lélectorat au clivage gauche-droite, le retour à la bipolarisation des législatives de juin 2002 frappant de plein fouet le Pôle républicain.
Enfin, Christophe Traïni sapplique à rendre compte du substrat socio-économique qui préside à limplantation des représentants de lécologie politique, Noël Mamère, Corinne Lepage et Jean Saint-Josse. Territoire caractérisé par un important patrimoine naturel, la région Provence-Alpes Côte dAzur est étudiée à travers les données relatives à lurbanisation et aux transformations des usages sociaux de lespace rural.
A travers cet ouvrage qui analyse un acte du vote indissociablement lié aux caractéristiques socio-économiques des territoires, la région Provence-Alpes-Côte dAzur apparaît comme un remarquable observatoire des logiques de scrutins nationaux qui demeurent indissociablement liés aux caractéristiques socio-économiques des territoires au sein desquels ils sinsèrent.
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