Laurent Courtois *
Trois territoires périurbains : étalement urbain et dilatation des centres
Le présent document est issu dune réflexion menée dans le cadre dun mémoire de D.E.A. sur les mutations des centralités urbaines de trois communes périphériques de lAire Métropolitaine Marseillaise (AMM dans la suite du texte). Trois questionnements sattachent au lien à déterminer entre un étalement urbain massif et rapide, et la recomposition des centralités urbaines. Un mouvement migratoire essentiellement marqué par un étalement urbain extrême remet-il en cause fondamentalement les centres historiques, leurs fonctions, leur pérennité ? Limplantation des services publics et privés accompagnant la croissance démographique apparaît-elle systématiquement en rupture avec les lieux centraux traditionnels ? Comment un habitat structurellement attaché à la dépendance automobile détermine-t-il les nouvelles formes urbaines de la centralité ?
Le choix des communes étudiées est lié essentiellement au croisement de deux critères. Il sagit, dune part , des plus fortes croissances démographiques observées depuis la fin des années 1960 (dépassant parfois 10 % de croissance annuelle) et dautre part de centres urbains dun poids minimal de 8000 à 12000 habitants. Ces nouveaux centres urbains sont donc confrontés à des seuils de services et déquipements importants pour des populations initiales (au recensement de 1968) de seulement 2000 à 3000 habitants. Sur la quinzaine de communes de lAMM avoisinant le poids de population précédemment décrit, trois présentaient aussi le critère dexplosion démographique.
Au-delà de ces deux critères, ces trois communes permettent dappréhender le rôle éventuel de léloignement géographique par rapport aux grands pôles demplois et de services dAix et Marseille. Si Gignac jouxte les quartiers nord de Marseille, Velaux est situé à près dune demi-heure dAix, et St Maximin est aux marges orientales de lAMM. Enfin, les modes opérationnels de développement urbain des trois petites villes sont contrastés, même si la maison individuelle y est prédominante. En effet Gignac a doublé sa population en moins de 5 années sous la forme de deux Z.A.C. (Zones dAménagement Concerté), Velaux sest étalée sous la forme dun vaste lotissement, et St Maximin est le lieu dun mitage impressionnant.
Des approches cartographiques menées sur Gignac la Nerthe, Velaux et St Maximin la Sainte Baume ont cerné la diffusion de lhabitat depuis 1968 dune part, et lévolution des implantations des équipements publics et commerciaux dautre part. Ainsi les rapports entre les noyaux urbains originels et les nouveaux quartiers ont été analysés sous langle des continuités, des articulations, des ruptures. Les évolutions des mobilités résidentielles et quotidiennes des habitants de ces communes, lévolution des densités de lhabitat etc., sont issus du dépouillement des recensements généraux de population allant de 1968 à 1999, et dune enquête ménage des années 1997-98. Ces données ont permis denvisager les évolutions des rythmes urbains et des temps passés dans ces petites nouvelles villes.
Le contexte : Trois nouvelles villes au sein de la tache urbaine métropolitaine marseillaise Les grandes attractivitées commerciales au sein de l'A.M.M
Outre la nouvelle répartition du peuplement dune région urbaine complexe où les deux principaux pôles suivent des cheminements divergents, il est indéniable que cest, en fait, la couronne périurbaine dAix Marseille qui a connu les plus fortes mutations démographiques et urbaines de ces 30 dernières années.
Ces communes de banlieue plus ou moins distantes des curs historiques marseillais et aixois ont doublé, triplé ou quadruplé leur population totale. Ont-elles saisi ces opportunités de croissance, si lon considère quelles sont le résultat dune politique active, ce qui nest pas toujours le cas ? Les formes du développement urbain y sont très contrastées, mais la part de létalement par juxtaposition de vastes lotissements de maisons individuelles, voire le mitage important des anciens terroirs ruraux, sont deux composantes majoritaires des extensions réalisées entre 1968 et 1999.
Les trois communes cumulaient 7536 habitants en 1968, on y dénombrait 29 194 personnes en 1999, soit une croissance absolue de plus de 21 000 habitants représentant presque un triplement sur 31 ans.
Un étirement extrême des échelles habitantes : les nouvelles échelles du voisinage
En seulement trente ans, si les populations ont triplé, lespace occupé par les nouveaux habitants a été multiplié par 10, voire par 20. Cest donc aussi une rupture spatiale très importante dans les échelles de ces communes où dun espace urbain cumulé rassemblant moins de 50 ha, on est passé à des secteurs habités approchant 2000 ha. Dans le même temps, les densités de ces quartiers nont plus rien à voir avec celles des villages historiques, en étant divisées au minimum par 10. Les nouvelles densités urbaines observées sur Gignac, Velaux et St Maximin sont désormais comprises entre 15 et 30 habitants à lhectare alors quelle dépassaient souvent 200 habitants à lhectare dans les bourgs du début des années 1960.
Ainsi à Gignac, on doit parcourir 4 km pour aller dun bout à lautre des quartiers en 2000 contre 300 mètres en 1968, ces rapports sont de 3 km à 200 mètres pour Velaux, de 6 km à 500 mètres à St Maximin. Les proximités géographiques immédiates des habitants des structures urbaines villageoises sont supplantées par des distances entre voisins pouvant dépasser 200 mètres. Même si ces quartiers sont occupés effectivement par des urbains dont lactivité reste ancrée sur les grands pôles demplois dAix ou Marseille, peut-on réellement encore parler dun tissu urbain ? En effet, cette rupture urbaine est aussi une distanciation vis-à-vis des repères physiques et symboliques de la ville : équipements publics, ville commerciale, espaces publics de centralité.
Toutefois, on peut sinterroger sur la nécessité impérieuse de la proximité physique ou visuelle du voisin. Celle-ci est compensée de fait par la proximité temporelle inhérente aux modes de déplacements et de communication, pour caractériser ce tissu urbain. La diversité urbaine a changé déchelle pour se retrouver au niveau de la métropole. Mais si cest toujours la densité des relations sociales et des échanges qui fait la ville, à léchelle de la ville, quen est-il à léchelle de ces nouveaux quartiers dépourvus de toute mixité des fonctions ?
Apport démographique massif, accélération du renouvellement : vers un vieillissement accéléré
Presque plus que des ruptures physiques des paysages urbains, ces communes périphériques ont peu à peu franchi des étapes rythmiques accélérant un renouvellement urbain qui touche plus les populations que le parc de logements. Les nouveaux espaces urbains apparus beaucoup plus vite que sur les périodes précédentes accueillent des populations qui sy maintiennent beaucoup moins longtemps dans des temps quotidiens raccourcis. Ainsi on peut avancer que le fort taux migratoire observé dans les années 1980 était un indicateur de fort apport démographique depuis lextérieur. Mais le tassement du solde migratoire observé dans les années 1990 indique aussi une augmentation sensible du nombre de partants dans la dernière période intercensitaire. Le pourcentage de personnes stables dans la commune ne dépasse pas 60% de la population, et est le plus souvent inférieur à la moitié. Dans la période 1982-90 il y a seulement un tiers de la population communale qui était déjà là 10 ans plus tôt à Gignac et St Maximin. Dautre part 31% des habitants de Velaux ont quitté la commune entre 1990 et 1999, ce pourcentage est de 29 % à St Maximin sur la même période. Il est rare que lon observe moins de 25 % de partants dans une période intercensitaire.
Peut-on alors en tirer des enseignements sur la capacité de sédimentation des populations dans un tel cas de figure ? Le rapport à la géographie des lieux publics, des services, des lieux de convivialité, peut-il se construire sur des périodes inférieures à une dizaine dannées ? Le noyau dur des personnes vivant en un même lieu depuis une trentaine dannées ne représente donc que 20 à 25 % de la population totale en 1999 (chiffre estimé, maximum). On peut donc se poser la question de la capacité dune société locale minoritaire fortement bousculée par une vague migratoire intense qui a également transformé un territoire à pouvoir pérenniser une relation particulière à son centre historique. La ville à flux tendu serait en train de marginaliser la ville figée des siècles précédents.
Paradoxalement moins actifs, et plus vieux
Dautre part ces bouleversements démographiques saccompagnent de mutations profondes des profils sociaux. La diversité sociale des trois communes semble satténuer de plus en plus rapidement et leur homogénéisation touche à la fois les âges et les catégories socioprofessionnelles.
Ce qui apparaît ici clairement est la très rapide évolution intercensitaire des classes dâge avec une diminution très rapide de la proportion des moins de 20 ans au moment où les plus âgés ne connaissent pas encore une sur-représentation observée plus généralement à léchelle régionale. Les variations font apparaître le vieillissement plus rapide de Velaux, un certain équilibre générationnel sur St Maximin, une plus forte proportion des jeunes générations sur Gignac. En ce qui concerne les plus jeunes, Velaux et Gignac subissent déjà un rétrécissement de leur base avec une baisse de la classe dâge 0-19 ans. Alors que St Maximin connaît encore une certaine dynamique. Ces contrastes existent de la même manière pour les 20-44 ans. Les actifs et couples arrivés sur les deux premières communes ne participent donc plus au renouvellement naturel de la population. Les migrants ne semblent pas non plus se constituer parmi les plus jeunes. Cest la classe dâge 40-59 ans qui est la plus dynamique dans les trois cas observés, celle des accédants à la propriété de la vague migratoire des années 1975-1990.
Dilatation urbaine, contraction partielle des espaces centraux, redistribution du budget des ménages
La dilatation de lespace habité nest toutefois pas du même ordre que celui de lespace de service aux habitants, beaucoup plus circonscrit en des lieux précis. A côté de cette dilatation de lhabitat, la répartition des équipements attractifs est variable selon nos trois communes. Cest à Gignac et Velaux que la poursuite de cet étalement des habitants par les équipements scolaires, sanitaires ou commerciaux a été la plus régulière. Et pourtant cest à St Maximin que la centralité villageoise traditionnelle semble sêtre le mieux maintenue. Les synthèses cartographiques ci-après permettent de visualiser rapidement à la fois le phénomène détalement urbain extrême des trois communes dune part, et la faiblesse chronique des lieux centraux ou attractifs quelles recèlent.
On perçoit donc nettement un décalage notable entre la nouvelle forme urbaine de ces territoires et la nouvelle ville mixte accompagnée de commerces ou déquipements publics tels les écoles, les équipements culturels ou sportifs. Au total Gignac la Nerthe a diffusé certains équipements publics en affaiblissant ses quartiers commerciaux, Velaux a pu à peine étendre un tissu urbain mixte aux abords du village historique, alors que St Maximin a maintenu avec beaucoup de difficulté lexistence dun centre-bourg sans aucune mesure avec la très grande dynamique démographique quelle a connue.
Ce phénomène de développement très limité des lieux centraux de ces trois petites villes périphériques dAix et Marseille est aussi un constat de laspect négligeable quant à lexistence dune vie de quartier de proximité pour les nouveaux habitants dans leur choix dimplantation de leur habitation. Rappelons quentre 1960 et 2001 le budget moyen des ménages (au niveau national) pour lalimentation est passé de 26,5 % à 14,7 %, celui du logement de 12,2 à 24 %, et celui des transports de 10,6 à 15,4 %. Ainsi, à budget rééquilibré, la proximité géographique des services est largement compensée par une meilleure accessibilité à dautres lieux de services. La difficulté de ces anciens villages à préserver leur diversité commerciale peut sexpliquer à la fois par lélargissement des bassins de chalandise des commerces dune part, mais aussi par la nouvelle hiérarchie des budgets des ménages dautre part.
Des lieux centraux
pour la voiture
Cette analyse est confirmée par une approche de lintensité des déplacements (domiciletravail et domicileétude). Elle nest pas fondamentalement importante pour cerner lattractivité des trois communes étudiées. Mais il apparaît tout de même que létablissement progressif de flux importants de déplacements journaliers pour tous motifs qui nauraient pas pour destination la commune étudiée, ou plus précisément une partie de celle-ci, comme cest le cas sur Gignac, viennent aggraver la faiblesse chronique des lieux centraux traditionnels. Ce phénomène semble très difficilement réversible. Ces nouvelles villes se sont essentiellement fondées sur les nouvelles artères urbaines fluides qui se dirigent vers les grands pôles demploi extérieurs. Ainsi, sil se trouve que les centres historiques ne se situent plus sur ces axes, il est dautant plus difficile pour eux de garder une dynamique dimplantation de commerces ou même déquipements publics.
La création de lieux centraux contemporains des nouveaux quartiers serait alors en partie une diffusion, et donc un affaiblissement de lattractivité déchelle villageoise. Entre formes urbaines contemporaines et permanence des centres historiques, les tentatives daccompagnement des nouveaux quartiers par limplantation déquipements de tous ordres ne sont pas suivies de résultats véritablement concluants
Cette ville émergente se mesure toutefois difficilement à léchelle de trois territoires communaux plus ou moins excentrés des grands pôles demploi de laire métropolitaine, on ne peut dans le cadre du présent travail quanalyser les émergences de centralités de second ou troisième ordre. Ainsi les limites de la ville empreinte de mixité des fonctions commerçantes ou de services nont pas du tout suivi les étalements généralisés des espaces résidentiels.
Le couple lieu central et lieu attractif résume en partie les ambiguïtés de la centralité urbaine. Dune part, on identifie le lieu de convergence, dautre part on tente de décrire son aire dinfluence. Dans lemploi du terme attractif, cet adjectif couvre ici non seulement le champ de linfluence mais aussi celui de laménité, donc de la forme urbaine et de la qualité de lespace public.
Au-delà de cet aspect, des espaces urbains dits centraux peuvent-ils demeurer attractifs sils ne sont pas directement accessibles en véhicule individuel ? Parmi les lieux centraux historiques des trois communes étudiées, on constate clairement que seuls ceux restés directement accessibles aux grands flux de déplacements routiers (correspondant notamment aux trajets pendulaires) se sont maintenus. Des tentatives de reconstitution de formes urbaines censées produire de lattractivité (densité de lhabitat, présence de rez-de-chaussée commerciaux, superstructures publiques) se retrouvent sur Gignac et Velaux. Elles sont en marges des principales voies routières, et se traduisent aujourdhui par des friches urbaines qui dévalorisent aussi lespace public censé être attractif.
Au plus la ville sétale, au plus les centralités se concentrent ?
Les échelles de lanalyse même sont donc extrêmement écartelées, doù un questionnement sur le choix de celles-ci pour appréhender correctement les mutations des attractivités locales. Les représentations globales de laire métropolitaine marseillaise, allant de louest varois (St Maximin), au sud du Vaucluse et à la Crau révèlent-elles la ville vécue par le plus grand nombre ? Une approche plus fine, à léchelle de la rue, de la forme urbaine recelant de lattractivité, de lespace public polyvalent central nest-elle pas plus à même dexpliquer les mutations et les transferts de centralité dans le tissu urbain périphérique ?
Au total les points dattraction ou de centralité sont donc en fait très circonscrits sur laire urbaine, comme ils le sont dans nos trois communes. Et leur épaississement apparaît être le résultat dune compétition intense entre leur capacité de se maintenir sur les grands courants de déplacement des habitants, et la plus ou moins grande proximité de lieux fortement attractifs. Il nest a priori pas neutre dobserver que Gignac, et dans une moindre mesure Velaux, aient eu plus de difficultés à maintenir un centre multi-fonctionnel alors que ces communes sont beaucoup plus proches que St Maximin de grands centres de services déchelle métropolitaine.
Ainsi, au-delà de ce desserrement urbain tel quon le perçoit sur laire marseillaise, y-a-til eu renforcement du niveau de services offerts aux populations, de la diversité de ces services ? Dans les trois grandes centralités de lagglomération (celle du centre historique de la ville centre, celle des nouvelles centralités périphériques, celles des quartiers historiques ou des centres historiques des communes périphériques), la seconde a-t-elle compensé totalement les pertes de substance ou de diversité des deux autres ? Laccessibilité de la centralité a-t-elle accompagné les nouveaux habitants dans leurs migrations résidentielles ?
Il sagit donc détablir ici une mesure du décalage entre le rythme de la forme urbaine résidée et le rythme de la ville vécue. Ainsi il convient peut-être de modifier radicalement les outils de mesure de la population des zones périphériques pour approcher une méthode plus proche de la réalité des rythmes journaliers. Par exemple les populations communales étudiées sont en fait plus des populations nocturnes que diurnes puisque plus de 60 % des résidents quittent ces lieux pendant lessentiel de la journée. Dautre part les lieux centraux ne vivent en définitive que très ponctuellement dans le temps par opposition aux grands lieux attractifs déchelle métropolitaine. Combien rassemble lensemble des lieux publics et commerciaux des communes périphériques au plus fort de leur fréquentation journalière ?
En définitive, nest-il pas encore trop tôt pour évaluer ce déplacement de centralité depuis les centres historiques vers les nouveaux pôles commerciaux ou dactivités spécialisés de la grande périphérie ? Cette vague urbaine de la période 1960-2000 est-elle un cycle ou le début dune ère ? Au-delà du transfert purement spatial des activités commerçantes, de certains équipements publics (notamment les grands équipements scolaires ou universitaires), et des grands équipements culturels (cinéma, salles de spectacle), il semble que nous ne soyons quà mi-chemin des mutations de loffre commerciale dans les centres historiques.
Les structures urbaines observées aujourdhui sur Gignac, Velaux ou St Maximin sont-elles stabilisées à la fois dans leurs empreintes spatiales et dans leurs densités ? Les réalités des territoires des trois communes sont contrastées. Entre Gignac dont la tache urbaine est désormais fortement contrainte entre le massif de la Nerthe et Marignane, et les deux autres qui offrent encore de larges espaces de conquête urbaine. Le rapport déquilibre entre la recherche de terrains à bâtir, et les politiques locales de maintien des terroirs agricoles et espaces naturels, fonde de forts enjeux. La poursuite de létalement urbain et des processus décrits ici sera évidemment étroitement liée à lévolution du marché foncier. Mais des facteurs limitant environnementaux et fonctionnels commencent à apparaître, et létalement horizontal est déjà plus contraint.
Lurbanisation distante et distendue était un facteur régulateur des tensions foncières autour des pôles demploi et de services. Mais, aux marges de lAMM, le poids cumulé des dépenses de logement et de transport au budget des ménages est un facteur de fragilisation sociale. Dans ce contexte, laccès des habitants aux services de proximité est un enjeu primordial puisque cest un facteur potentiel dajustement de leur budget.
Trois changements de rythmes urbains : la ville à flux tendus
Mais la centralité est donc surtout un rythme, celui des attractivités journalières de lhabitant qui vient butiner dans une aire qui nautorise que rarement les ralentissements de ses cheminements. Et les rythmes émergents de laprès-guerre, accélérant dans les années 1970-80, se développant spatialement dans les décennies suivantes, ont fortement bousculé le paysage urbain de Gignac, Velaux et St Maximin. Une première vague migratoire a été suivie dune nouvelle demande en services des nouveaux habitants. Une confrontation relativement brusque a eu lieu entre les centres traditionnels de la Place de la République (Gignac), de la place Caire (Velaux), de la place Malherbe (St Maximin), les nouveaux courants de migrations alternantes au travers du tissu urbain, et la capacité de ces centralités originelles à se modeler et accompagner ces mutations. Certaines sont, semble-t-il, demeurées présentes dans la vie quotidienne. Dautres comme à Gignac, ont été largement marginalisées. Comme on le voit sur les trois communes, le maintien des centres historiques a été déterminé par leur capacité daccroche sur les grands courants de déplacements journaliers.
Trois changements de rythmes peuvent donc expliquer en partie les mutations urbaines et sociales, et les transformations des rapports aux centres. Cest celui de la vitesse de constitution des espaces habités dune part, traduit par une consommation despaces naturels et agricoles sans précédente mesure. Cest celui des renouvellements des populations des communes périphériques ensuite, sous le coup notamment des mutations des parcours résidentiels, et de rapports à la proximité dun emploi plus précarisé. Cest enfin celui des déplacements journaliers et donc des temps passés « quelque part dans la ville ». Ces trois changements de rythmes urbains sont tous des accélérations.
Au changement de rythme de constitution de ces nouvelles villes, sajoute le changement de rythme journalier où lespace de résidence journalier ne reste identique que pour moins de la moitié des actifs ayant en emploi (18 % à Gignac, 40 % à St Maximin). En effet, les objets attractifs extérieurs à nos trois communes vident celles-ci dune part majoritaire de leurs habitants. Les densités urbaines peuvent être ainsi présentées comme théoriques et seulement nocturnes. Ainsi les nouveaux espaces urbains périphériques sont -ils vécus comme tels de façon ponctuelles. Ces villes sont intermittentes.
Les anciens villages périphériques qui rassemblent pourtant aujourdhui des populations théoriques de près de 10000 habitants sont en fait la plupart du temps désertées par la majorité dentre eux. La mutation des temporalités urbaines a contribué à transformer certaines banlieues résidentielles en ville à flux tendus.
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