La coexistence sur le marché du travail dune situation dégradée et dune intervention publique massive incite les économistes à sinterroger sur limpact réel des politiques publiques demploi. Lévaluation de ces politiques peut alors se faire à différents niveaux. Nous nous intéressons ici à leurs effets sur les trajectoires professionnelles des individus.
Le passage par une mesure pour lemploi est en effet censé améliorer linsertion professionnelle des bénéficiaires. En augmentant leur capital humain, il doit leur permettre daccroître leur productivité et donc dobtenir des emplois mieux rémunérés (théorie du capital humain) ou encore daccéder au secteur primaire et, par là, à des emplois moins précaires (théories de la segmentation). En améliorant la qualité de leur recherche demploi il doit leur permettre daccroître leur probabilité dobtenir un emploi (modèles de prospection demploi).
Si ces politiques demploi produisent des effets sur les bénéficiaires des mesures, il peut cependant exister un autre moyen de transmission de ces effets. La réalité de terrain (Lazzeri & Souhami Gasquet, 1997) comme les analyses théoriques (Sfez, 1992) révèlent en effet que les metteurs en uvre ne sont pas de simples exécutants mais de véritables acteurs sappropriant les mesures dont ils ont la responsabilité. Par leur comportement, les acteurs locaux en charge des politiques demploi (directions régionales et départementales du travail, de lemploi et de la formation professionnelle, agences locales pour lemploi) contribuent aux effets de ces politiques et, par là, participent à la structuration des marchés locaux du travail sur lesquels se déroulent et se construisent les trajectoires professionnelles.
Ces metteurs en uvre ne sont cependant pas les seuls à structurer les marchés locaux du travail. Plus largement, les politiques demploi ne sont pas les seuls éléments intervenant sur les trajectoires. Celles-ci sont influencées par les caractéristiques propres des individus, comme leur sexe, leur formation initiale, leur expérience sur le marché du travail ainsi que des caractéristiques non observées, la motivation par exemple. Ces trajectoires sont également influencées par les caractéristiques des marchés locaux du travail, relatives à loffre et à la demande de travail ainsi quau comportement des entreprises et des acteurs locaux du marché du travail.
Evaluer les effets des politiques demploi sur les trajectoires professionnelles revient ainsi à identifier les différents déterminants individuels, temporels et locaux des processus dinsertion et de réinsertion.
Avant de réaliser une telle évaluation, une réflexion sur les fondements théoriques et méthodologiques de lévaluation des politiques publiques en général, et des politiques demploi en particulier, est nécessaire.
Fondements théoriques et méthodologiques de lévaluation des politiques publiques demploi
De façon théorique, évaluer une politique publique cest « reconnaître et mesurer ses effets propres » (Deleau et al., 1986, p.20), « former un jugement sur sa valeur » (Viveret, 1989, p.25), « en analyser les effets, mais aussi le déroulement et les objectifs » (Monnier, 1989, p.2). Derrière cette polysémie du terme se cachent diverses conceptions de lévaluation. Elles se distinguent les unes des autres par les objets et les méthodes quelles retiennent.
Evaluer la mise en uvre / évaluer les effets dune politique publique
Deux grands types dévaluations peuvent être distingués.
Certaines évaluations concernent les effets des politiques. Elles cherchent à savoir si les effets observés correspondent aux effets attendus (efficacité). Elles sintéressent également au coût dobtention de ces effets (efficience) et à lidentification de lensemble des résultats, attendus ou non (impact). Le questionnement en termes defficacité soulève des difficultés particulières. Il nécessite la connaissance des objectifs réels de la politique. Il doit également déterminer si les effets obtenus sont spécifiquement attribuables à la politique mise en place : une chose est didentifier les objectifs puis les effets dune politique, une autre est détablir une relation de causalité entre les deux.
Dautres évaluations portent sur la mise en uvre des politiques. Cette mise en uvre doit être entendue au sens large : elle comprend non seulement le dispositif dapplication de la politique décidée mais également, surtout, la réalité de cette application.
Un clivage existe entre ces deux types dévaluation. Il nous semble au contraire quun lien devrait être fait entre les deux, les effets produits par une politique ne pouvant être compris sans une analyse fine de laction des agents participant à leur mise en uvre (Simonin, 1995). Le mouvement général de territorialisation des politiques demploi, attribuant des responsabilités plus grandes aux différents échelons territoriaux, renforce bien entendu une telle position.
Dans les faits, les évaluations des politiques demploi portent le plus souvent sur les effets de ces politiques, effets macroéconomiques ou effets microéconomiques. Dans ce dernier cas, une double évolution sobserve. Dune part, lobservation passe de lobservation dune situation ponctuelle à lobservation de lensemble dun parcours. Dautre part linterrogation passe dune interrogation sur lensemble des effets produits à une interrogation sur les effets propres.
Les évaluations traditionnelles ont dabord conduit à calculer un taux de retour à lemploi, cest-à-dire la proportion de personnes en emploi après le passage par un dispositif, parmi les bénéficiaires de celui-ci. Très fréquemment utilisé dans les évaluations, ce taux de placement nest pas exempt de limites, tant au niveau de sa pertinence (laccès à lemploi est-il le seul objectif dune politique demploi ?) que de son application (de quels emplois parle-t-on ?). Se pose en particulier le problème du choix de la date dobservation. Les évaluations reposent pour la plupart sur une observation de la situation des bénéficiaires trois ou six mois après la sortie du dispositif. Les résultats obtenus, de court terme, sont alors à prendre avec précaution ; lefficacité dune mesure de politique demploi peut-elle être réellement évaluée à partir dune observation ponctuelle ? Une réponse négative simpose. Lallongement de la phase dentrée dans la vie active, la diversité, la multiplication et linstabilité des situations connues sur le marché du travail ont effectivement fait prendre conscience de la nature dynamique et processuelle de linsertion et de la réinsertion professionnelle (Rose, 1984 ; Vernières, 1997). Les conditions et la qualité de leur insertion doivent ainsi être appréhendées dans la durée, en termes de trajectoire professionnelle.
La seconde évolution concerne le questionnement évaluatif. Les évaluations traditionnelles se sont dabord attachées à identifier les effets produits par la politique, sans se soucier détablir un lien de causalité : il nest alors pas possible dimputer de façon certaine les effets observés à laction publique mise en uvre. Ces évaluations ne permettent donc pas de savoir ce quauraient été les résultats en labsence de la politique publique ni détablir une véritable hiérarchie des dispositifs dans la mesure où les différences defficacité entre deux actions peuvent sexpliquer dans des différences entre les individus concernés. Afin de dépasser ces limites, les évaluations doivent identifier les effets propres des politiques publiques en établissant une relation causale entre les résultats observés et laction publique. Lexpérimentation sociale nexistant pas en France, les évaluations de ces effets propres passent par des modélisations économétriques.
Etablir une relation causale entre la politique publique et les résultats
Pour établir un lien de causalité entre intervention et résultats, lévaluation utilise un contrefactuel : ne pouvant observer les mêmes individus à la fois comme bénéficiaires et comme non-bénéficiaires, une approche comparative est réalisée afin dapprécier les effets propres de la politique.
Se pose la question de la nature parfaitement comparable des deux groupes. Le groupe témoin ne peut en effet constituer un contrefactuel satisfaisant que si ses caractéristiques sont statistiquement comparables à celles du groupe de bénéficiaires. Lévaluation doit alors sattacher à corriger au mieux les biais pouvant exister. Elle est en particulier confrontée à deux difficultés majeures : la prise en compte de lhétérogénéité individuelle non observée et lidentification séparée de cette hétérogénéité et de la dépendance détat.
Les trajectoires professionnelles sont directement influencées par les caractéristiques propres des individus. Rien ne garantit cependant que lensemble de ces caractéristiques sont observées. Certaines sont par nature non observables tandis que dautres peuvent tout simplement ne pas être observées dans lenquête utilisée. Lévaluation ne peut faire abstraction de lexistence potentielle de telles caractéristiques individuelles. En effet si les politiques demploi sélectionnent de façon endogène certains individus, autrement dit si les bénéficiaires des mesures présentent des caractéristiques inobservées différentes de celles des non bénéficiaires, ne pas en tenir compte peut conduire à une estimation biaisée des effets de ces dispositifs.
Toute évaluation des politiques publiques demploi doit également faire la part entre les effets dus aux parcours antérieurs et ceux qui sont dus aux caractéristiques propres aux individus. « Le parcours antérieur permet-il en soi daméliorer linsertion professionnelle des individus ou bien ne représente-t-il quun indicateur indirect dune plus ou moins grande employabilité qui va se révéler progressivement lors du processus dinsertion ? » (Lollivier, 2000, p.51). Cette identification entre dépendance détat et hétérogénéité individuelle constitue lun des enjeux majeurs de lévaluation compte tenu de ses répercussions en termes de politique publique. Si lenlisement dans le chômage résulte du passage même par le chômage (dépendance détat) les politiques doivent chercher à éviter le passage par une telle situation. Si au contraire cet enlisement sexplique par les caractéristiques personnelles des individus, les politiques doivent être ciblées sur ces populations à risque.
Lévaluation proposée tente de corriger au mieux ces différents biais.
Une évaluation des effets des politiques demploi sur les trajectoires professionnelles des demandeurs demploi des zones demploi dAix-en-Provence, de lEtang de Berre et de Marseille-Aubagne.
Une évaluation économétrique
Lévaluation exploite les données de lenquête « Trajectoires des demandeurs demploi et marché local du travail » réalisée par la Direction de lanimation de la recherche et des études statistiques (Dares). Cette enquête porte sur une cohorte de « nouveaux inscrits à lAnpe » au cours du deuxième trimestre 1995, ayant moins de cinquante-cinq ans au moment de leur entrée au chômage et résidant dans huit zones demploi de lIle de France, de Nord-Pas-de-Calais et de la région Paca. Il sagit dune enquête longitudinale reconstruisant des trajectoires en recensant de façon chronologique les situations par lesquelles les individus sont passés sur le marché du travail au cours de la période 1995-1998. La présente évaluation ne porte que sur les demandeurs demploi de la région Paca.
Lévaluation réalisée se caractérise par le recours à plusieurs critères évaluatifs afin de tenir compte de la diversité des objectifs des politiques demploi. Nous évaluons leurs effets sur la probabilité dobtenir un emploi mais également sur le nombre demplois obtenus. Ces deux critères sont déclinés en fonction de la nature du contrat de travail.
Lévaluation réalisée se distingue également par la prise en compte de lensemble des déterminants des trajectoires professionnelles. Sont retenues comme variables explicatives : des variables socio-démographiques (sexe, âge, origine sociale) et socio-économiques (niveau de diplôme et durée des études) reflétant la dimension individuelle des trajectoires ; des variables relatives à lexpérience sur le marché du travail reflétant leur dimension temporelle (temps passé en emploi et au chômage, passage par un contrat aidé) et enfin des variables relatives aux marchés locaux du travail reflétant leur dimension locale (variables relatives à loffre et à la demande de travail, taux de chômage et de chômage de longue durée, répartition sectorielle des emplois, types de contrats de travail, etc.).
Enfin, lévaluation réalisée se caractérise par la prise en compte des effets produits par le comportement des metteurs en uvre des politiques demploi : sont retenus, parmi les variables explicatives locales, des éléments reflétant lattitude de ces acteurs locaux (importance des dispositifs daide à la recherche demploi de lAnpe et des missions locales, importance des mesures pour lemploi, proportion demplois trouvés par ces institutions, fréquence des démarches effectuées auprès de ces institutions, etc.).
Des modèles économétriques complexes sont utilisés afin de corriger au mieux les différents biais pouvant exister.
Lévaluation des effets des politiques demploi sur la probabilité dobtenir un emploi passe par lestimation de modèles probit. Ce recours à léconométrie des modèles à variables qualitatives sur données de panel permet davoir une pleine utilisation de la dimension longitudinale des trajectoires professionnelles : limpact des mesures sur la détention dun emploi est appréhendé non pas à une seule date mais à plusieurs. Afin de prendre en compte lhétérogénéité individuelle non observée des modèles probit à effet aléatoire sont estimés. Ces modèles ne sont cependant pas exempts de limites. En particulier ils posent une hypothèse forte : la non-corrélation des effets individuels avec les variables explicatives (ce qui est non observé est indépendant de ce qui est observé). Afin de dépasser ces limites, nous estimons également des modèles probit à effet individuel aléatoire corrélé dans la perspective dune approche proposée par Chamberlain (1984) et reprise plus récemment par Lollivier (2000). Ces modèles permettent de tenir compte de lendogénéité des régresseurs à leffet individuel observable : lhypothèse est faite que leffet individuel est corrélé avec certaines variables explicatives. De tels modèles permettent alors, dans une certaine mesure, une identification séparée de lhétérogénéité individuelle non observée et de la dépendance détat.
Quant à lévaluation des effets des politiques demploi sur le nombre demplois obtenus, elle passe par lestimation de modèles de comptage. Ici encore tout est fait pour tenter dobtenir des résultats le moins biaisés possible. Une correction du biais dendogénéité est proposée, grâce à lestimation, dans une première étape, dun modèle probit pour la variable passage par une politique demploi.
Un effet négatif dun passage par une mesure pour lemploi
Les estimations réalisées révèlent que le passage par une mesure de politique demploi produit des effets négatifs sur les trajectoires professionnelles. Selon une première lecture en termes de capital humain, le passage par une mesure devrait contribuer à accroître le capital humain des bénéficiaires et donc leur productivité et par là leur permettre daccéder à des emplois correspondant aux qualifications acquises. Nos résultats montrent que tel nest pas le cas. Plusieurs interprétations peuvent alors être envisagées.
En premier lieu, il est possible que le passage par le dispositif ne permette pas une élévation de la formation, et donc du capital humain, des bénéficiaires. Une telle hypothèse nest pas impensable dans le cas étudié, dans la mesure où il na pas été possible de distinguer les différents types de mesures prises en compte. Or, parmi celles-ci se trouvent des mesures spécifiques de formation, comme le contrat de qualification, mais également des mesures du secteur non marchand, comme les contrats emploi solidarité, dont le faible contenu en formation et le faible impact sur laccès à lemploi sont reconnus (Aucouturier, 1994 ; Bonnal et al., 1994).
En second lieu un tel résultat peut être relié à lexistence dun biais de sélection : les bénéficiaires des dispositifs seraient, à lorigine, moins employables que les autres. Les modèles estimés ont proposé des corrections dun tel biais. Même si les méthodes employées ne sont pas parfaites, elles nous semblent toutefois suffisamment robustes et fiables pour quun tel biais ne puisse à lui seul être à lorigine de la totalité de cette influence négative dun passage par un dispositif. Autrement dit, sil nest pas possible de supprimer entièrement lexistence dun tel biais, nous pensons cependant quil ne peut intervenir quà la marge.
En troisième lieu, dans un contexte dinformation imparfaite, le passage par une mesure peut être interprété par les employeurs comme un signal de faible employabilité (Spence, 1973). Un effet de stigmatisation des politiques peut alors exister ; cette stigmatisation résultant de lattitude des employeurs.
Enfin, cet effet négatif dun passage par une mesure ne peut être interprété sans faire référence au fonctionnement et à la structure du marché du travail. Dans le cadre de la version dualiste de la théorie de la segmentation (Doeringer & Piore, 1971) ce passage par une mesure peut être assimilé à un passage par un mauvais emploi du secteur secondaire (Taubman & Wachter, 1986). Il est alors à lorigine deffets de retour négatifs, lesquels contribuent à renforcer les barrières à lentrée des « bons emplois » du secteur primaire. Il y a effet de stigmatisation ; la stigmatisation résultant ici de la structure du marché du travail.
Une interprétation de ces barrières en termes de capital humain peut être avancée. Il existerait deux mécanismes distincts de formation du capital humain. Sur le secteur primaire, laccumulation du capital humain serait conforme à la théorie, avec un taux de dépréciation constant, quels que soient les états par lesquels lindividu passe sur le marché du travail. Sur le secteur secondaire en revanche, le phénomène daccumulation du capital humain serait accompagné dun processus de diminution du capital humain par les passages par le chômage, linactivité mais également les mesures de politiques demploi (Taubman & Wachter, 1986 ; Hanchane, 1998).
Ces barrières à lentrée peuvent également être interprétées en termes de filtre ou de signalement. Le passage par une mesure peut ainsi agir comme un filtre, comme peut le faire avant lui le système éducatif : il ne modifie nullement les capacités productives de chacun mais permet de signaler les doués et les moins doués. Ce passage par une mesure peut également agir comme un signal. Dans ces cas, les individus ne peuvent plus accéder aux bons emplois du secteur primaire non pas en raison dune accumulation du capital humain objectivement trop faible, mais en raison dune employabilité supposée, interprétée, comme trop faible par les employeurs.
Une lecture trop rapide de ce résultat au travers de la théorie de la segmentation pourrait nous conduire à croire en un certain déterminisme du marché du travail. Une telle appréciation est cependant nuancée par les autres résultats de notre évaluation.
Les dimensions individuelle et locale des trajectoires professionnelles
Lidentification séparée de la dépendance détat et de lhétérogénéité individuelle non observée, par lestimation de modèles probit à effet individuel aléatoire corrélé, révèle limportance de la dimension individuelle des trajectoires professionnelles. Lenlisement dans le chômage sexplique plus par les caractéristiques propres des individus que par le passage même par une situation de chômage. Ainsi, les processus dinsertion et de réinsertion professionnelle, appréciés ici par la probabilité dobtenir un emploi, sont avant tout liés aux caractéristiques personnelles, observées et non observées, des demandeurs demploi. Après avoir cru en un déterminisme du marché du travail, nous pourrions croire maintenant en un déterminisme individuel. La coexistence de ces résultats nous conduit au contraire à une interprétation beaucoup plus nuancée : il ny a pas de déterminisme, ni dun côté, ni de lautre ; les trajectoires professionnelles sont influencées par une relation complexe entre les deux, caractéristiques personnelles et expériences sur le marché du travail.
Mais notre évaluation ne se limite pas à lidentification des dimensions individuelle et temporelle des trajectoires professionnelles. Elle vise également à apprécier leur dimension locale.
Une première lecture de nos résultats conduit à reconnaître une faible influence du contexte local sur les trajectoires professionnelles : la probabilité dobtenir un emploi, comme le nombre demplois obtenus, ne diffèrent pas forcément selon la localisation géographique des demandeurs demploi.
Il nous semble cependant quune lecture différente peut en être proposée. Si le contexte local ne semble pas intervenir de façon directe sur les processus dinsertion, une influence indirecte existe. Ce contexte local est en effet à lorigine deffets différenciés des attributs individuels. La formation initiale a par exemple un impact différent dans les trois zones observées. En particulier, lâge darrêt des études, pouvant refléter laccumulation du capital humain que constitue la formation initiale, nintervient pas sur la probabilité dobtenir un emploi dans la zone de lEtang de Berre, alors quil intervient dans les deux autres zones demploi.
Conclusion
Au final, les résultats de notre évaluation nous conduisent à revoir le schéma des déterminants des trajectoires professionnelles initialement proposé. Contrairement à ce qui était supposé, les caractéristiques des marchés locaux du travail nont pas, tout au moins de façon systématique, dinfluence directe sur les trajectoires professionnelles. En revanche, ces caractéristiques interviennent de façon indirecte, par lintermédiaire des caractéristiques des individus, caractéristiques non observées et caractéristiques socio-économiques. Deux liens supplémentaires doivent ainsi être rajoutés dans le schéma. Le premier relie les différentes caractéristiques des marchés locaux du travail à lhétérogénéité individuelle non observée, et le deuxième relie ces mêmes caractéristiques locales aux caractéristiques socio-économiques traduisant la formation initiale des demandeurs demploi.

Au-delà de ces résultats, notre recherche a permis de soulever certains enjeux théoriques et méthodologiques des évaluations des politiques demploi.
Lévaluation réalisée a poursuivi deux objectifs principaux.
Elle sest tout dabord attachée à identifier les effets nets des politiques, autrement dit à établir un lien de causalité entre les mesures pour lemploi et les trajectoires des individus. Pour ce faire nous avons eu recours à des modèles économétriques complexes sattachant à corriger au mieux les différents biais pouvant exister. Nous ne pouvons cependant oublier le lien indiscutable existant entre une méthode et les résultats ; ce qui nous impose une certaine prudence dans linterprétation de nos résultats.
Notre évaluation sest également attachée à dépasser le clivage évaluation des effets / évaluation des résultats. Son originalité réside ainsi dans lintroduction de variables relatives aux marchés locaux du travail et notamment aux comportements des acteurs locaux en charge de la mise en uvre des dispositifs ; autrement dit, dans la prise en compte déléments considérés comme exogènes dans les évaluations micro individuelles traditionnelles. Lévaluation ne se limite donc pas à la prise en compte des bénéficiaires mais porte également sur le contenu de laction publique. Elle ouvre la boîte noire afin de comprendre les mécanismes à lorigine des échecs/réussites des politiques. Cette complémentarité évaluation de la mise en uvre / évaluation des effets, tentée ici, doit à notre sens être poursuivie.
Références
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