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La mutation des enquêtes nationales dinsertion.
Au cours de ces deux dernières décennies, lessor de la population étudiante a eu pour effet le doublement du nombre de jeunes diplômés sortis de lenseignement supérieur, long ou court1. Cet afflux de diplômés sest accompagné dun accroissement sans précédent des données sur les parcours des étudiants. Ces informations proviennent dinstitutions variées, certaines à vocation nationale, comme le CEREQ ou lOVE national, dautres, sous légide des Conseils Régionaux, sont issues dun dispositif dobservation commun à lensemble des universités dune région2, les dernières enfin sont produites à léchelle des établissements universitaires, qui se sont dotés au cours des années 1990 dobservatoires de la vie étudiante. Quelles sont les raisons du développement dun système dinformation où coexistent enquêtes nationales et données localisées ?
Dans les années 70, les premières enquêtes dinsertion ont vu le jour dans une perspective dadéquation entre le titre et le poste. Cétait le temps où les responsables politiques craignaient avant tout une pénurie de main duvre qualifiée, pénurie renforcée par le fonctionnement défectueux de lorientation des jeunes dans le système scolaire. Cest dans ce contexte que sest déployé le dispositif IVA (Insertion dans la Vie Active) du CEREQ qui visait à évaluer en termes demploi la rentabilité des formations mesurée à laune « du mètre étalon quétait le contrat à durée indéterminée » (Cam, 1994).
Cette perspective adéquationniste entre la formation et lemploi est mise à mal par la détérioration du marché du travail qui marque la fin des années soixante-dix et les années 80. Avec la montée du chômage et des situations de précarité, la temporalité de linsertion se transforme. Linsertion professionnelle ne peut plus être décrite comme un simple point de rencontre entre une offre de formation et le marché de lemploi. Lallongement de la période de transition entre la sortie du système scolaire et la stabilisation dans lemploi, la multiplication des situations alternant emplois précaires, chômage, petits boulots, retour en formation, stages dinsertion, etc. rendent nécessaire lintégration de ces catégories aux frontières mal délimitées dans la description du processus dinsertion. Méthodologiquement, les enquêtes de cheminement retraçant les parcours pendant les premières années qui suivent la sortie de la formation initiale prennent le pas sur les enquêtes dites dinsertion fondées sur une interrogation quelques mois après la fin des études. Lallongement de la période de transition impose de nouveaux outils dobservation, des indicateurs plus dynamiques et complexes, construits dans la durée : la proportion de chômeurs de longue durée ; la durée daccès au premier emploi, etc. Ces nouveaux indicateurs paraissent au premier abord assez simples, mais nen sont pas moins des constructions qui nécessitent une clarification préalable à leur utilisation. Cette prise en considération déléments comme la durée ou la diversité des formes dapprentissage traduit une évolution des modèles théoriques et danalyse du lien formation-emploi, vers des schémas de lecture qui mettent laccent sur linfluence des différences institutionnelles, culturelles et sociales sur le marché du travail (Mansuy & Méhaut, 1999). En dautres termes, lallongement des temporalités dinsertion a fortement contribué à modifier une représentation du marché du travail qui ne ferait que sanctionner une formation inadaptée en retardant laccès à lemploi de certaines catégories de diplômés. Dans la mesure où lallongement de la transition atteint tous les diplômés, le modèle explicatif qui mettait en cause essentiellement la formation et les caractéristiques individuelles des jeunes en faisant limpasse sur létat du marché du travail voit sa crédibilité entamée.
Le développement de linformation statistique localisée.
Lafflux détudiants dans les universités ainsi que les difficultés dinsertion rencontrées par la très grande majorité des jeunes sortant du système éducatif sont largement à lorigine de laffinement du dispositif denquêtes, mais, jusquau milieu des années 80, celui-ci nexiste pratiquement quau niveau national3. Dans la seconde moitié de cette décennie, avec les lois de décentralisation, lespace local devient de plus en plus un échelon de référence sur le plan politico administratif. Dans le domaine de laction éducative et de la formation, le rôle et la place des territoires sont renforcés notamment en raison du transfert de la charge des lycées et collèges aux régions et aux départements ou de lattribution aux régions de la responsabilité de la formation professionnelle.
Ces nouvelles dispositions institutionnelles ont donc suscité à léchelon régional ou même infrarégional, un intérêt pour les questions dinsertion des jeunes et contribué à la formulation de nouvelles approches de la relation formation-emploi, ainsi quà la mise en place et au développement de nouveaux dispositifs dobservation. Dès cette époque, le dispositif IVA du CEREQ se régionalise. Plutôt que dune tentative de décentralisation au niveau régional ou académique de la conception et de la production de linformation, il sest agi de transférer en létat la problématique et les méthodes élaborées à léchelon national et de conserver ainsi un contrôle sur les initiatives locales (Cam, 1994).
Dans le même temps, les relations entre lEtat et les établissements denseignement supérieur se sont modifiées avec, notamment, la création, dès le milieu des années 80, dun conseil national dévaluation (CNE) chargé dévaluer les universités et dapprécier les contrats passés4.
La politique de "contractualisation" entre le ministère et les établissements denseignement supérieur initiée en 1988 dans un contexte de croissance durable des effectifs étudiants, participait de ce mouvement de décentralisation. Le principe en était clair : il fallait laisser à la "périphérie" le soin de définir ses objectifs et ses besoins et de négocier les priorités avec le centre. La contractualisation impliquait une plus grande autonomie des universités vis-à-vis de leur administration de tutelle et, du point de vue de celle-ci, les contrats détablissement devaient à la fois reconnaître la diversité des situations et contribuer à réduire les déséquilibres. Cest ainsi que les premiers contrats ont été signés par des établissements du Nord et de lOuest de la France, régions sous-équipées par rapport aux autres régions françaises (Musselin, 1997).
A la fin des années 80 et au début des années 90, avec le développement de cette politique de contractualisation entre lEtat et les universités, nous assistons progressivement à la mise en place au sein des établissements, dorganismes chargés à la fois de lobservation des carrières étudiantes dans les cursus universitaires et denquêter sur le devenir professionnel des diplômés de létablissement5. Le rôle premier de la plupart de ces instances est de favoriser une meilleure information des étudiants en vue daméliorer leur orientation scolaire ou professionnelle. Mais, de plus en plus, ces organismes se voient dévolu un rôle de producteur dindicateurs pouvant servir à lévaluation interne et externe des établissements, notamment au moment de lélaboration des contrats détablissement avec lEtat. Certains ajoutent même à leur activité la prospective et lingénierie économiques (Hermen, 1998).
On assiste ainsi à partir des années 90 à un foisonnement de statistiques détablissements sur les étudiants, les études supérieures et linsertion des diplômés sans aucune méthode commune de production, dexploitation et de diffusion. Comme le souligne Rose (1999), ces données sont produites sans concertation entre les différentes institutions et, au sein même des établissements universitaires, coexistent pêle-mêle, statistiques administratives, tableaux de bord mesurant réussites et redoublements, enquêtes dinsertion sur la situation des sortants dune ou plusieurs filières de formation et enquêtes de cheminement (le plus souvent rétrospectives) retraçant les parcours 3 ans après la fin des études.
Ce manque de cohérence des informations produites à léchelle des établissements universitaires pose également des problèmes attenants à la territorialisation de linformation statistique. Desrosières (1994) souligne fort justement que lhistoire de la statistique nationale française sest forgée autour de la notion de délocalisation, avec un glissement du local vers le territorial6. Ce retour vers le local implique selon Desrosières une perte de limpidité des mesures, soit parce que les services publics locaux fonctionnent au niveau local selon des règles, des systèmes daction et de description mis en uvre au niveau national, soit parce que linformation produite est spécifique à un lieu donné et peut difficilement se prêter à comparaisons :
« Ainsi se dessine une tension entre le territoire, espace déquivalence associé à une action institutionnelle et susceptible dêtre découpé, et dautre part la localité, comme support dune vie sociale, économique et politique aux composantes et interactions multiples, dont les habitants peuvent souhaiter des descriptions synthétiques ».(Desrosières, 1994)
Cest cette articulation entre les espaces et le problème de linformation statistique en tant quelle constitue un langage de comparaison et de description de la réalité que nous souhaiterions aborder dans le développement qui suit.
Lexpérience de lObservatoire de la Vie Etudiante
de lUniversité de Nice-Sophia Antipolis
Nous nous référerons ici à notre expérience commune de responsables dun observatoire de la vie étudiante attaché à un établissement universitaire et à notre pratique des enquêtes dinsertion auprès des diplômés du supérieur.
En 1994, lUniversité de Nice-Sophia Antipolis sest dotée dun observatoire (OVE-UNSA) dont lobjectif principal était de fournir des informations relatives à linsertion professionnelle des étudiants. Dans le cadre de ses missions, cet organisme a réalisé en 1997 une enquête auprès de lensemble des diplômés de toutes ses filières. Loriginalité de cette investigation résidait dans le fait quil sagissait dune application à léchelle locale dun dispositif dobservation largement éprouvé à léchelle nationale : lenquête auprès des diplômés de lenseignement supérieur du CEREQ7. A contre-courant du mouvement dautonomisation des études sur les diplômés, nous avions choisi de réaliser notre investigation en synchronie avec lenquête nationale du CEREQ (Sigot & Vergnies, 1998) et en adoptant strictement la même méthodologie. Notre objectif consistait dune part à comparer les résultats localisés avec ceux du niveau national et, dautre part, à apprécier la validité et les limites dune telle démarche. A partir de cette expérience, il sagissait, pour nous, dinterroger la pertinence des indicateurs standards dinsertion (taux de chômage, précarité, mobilité, CPS, etc.) qui, par définition, agrègent la diversité des situations locales dès lors quils sont appliqués à une autre échelle.
Il nous paraissait opportun de comparer léchelon national et léchelon local, en nous donnant tout à la fois comme objectif dévaluer les résultats par rapport à une norme, et de nous interroger sur la définition et la validité de la norme elle-même, au regard des résultats localisés. Autrement dit, cest dans la perspective dune réflexion critique sur les "indicateurs de résultats" et en visant à mettre au jour des disparités plutôt quun classement que nous avons analysé et comparé les données.
Linsertion à léchelon local et national
Il nest pas de notre propos ici de détailler linsertion des étudiants niçois par rapport à celle de lensemble des diplômés des universités françaises8. Il sagira plutôt, à partir dune méthodologie denquête et de calcul dindicateurs dinsertion strictement identiques de sinterroger sur les origines de la spécificité de linsertion professionnelle des étudiants niçois par rapport à lensemble des universitaires et dengager une réflexion sur la pertinence des indicateurs standards qui permettent habituellement dans les enquêtes nationales dapprécier lentrée dans la vie active des étudiants.
A lissue de lenquête, les indicateurs dinsertion se sont révélés être sensiblement défavorables aux niçois : le chômage de longue durée (plus de 6 mois sur 34 mois) était supérieur de 3 points à Nice ; le poids des cadres en mars 1997 était inférieur de 3,5 points ; enfin la proportion des emplois à durée indéterminée indiquait des écarts très prononcés. Pour autant, ces indicateurs sont-ils strictement comparables ? En effet, la similitude des deux enquêtes nimplique nullement une homogénéité des populations analysées. Il se pourrait, par exemple, que les différences observées au moment de linsertion professionnelle renvoient non pas aux conditions particulières que connaîtraient les niçois sur le marché du travail mais plutôt aux différences ou aux variations dans la structure des populations de diplômés soumises à la comparaison. Autrement dit, pour pouvoir conclure sur la particularité des conditions dinsertion des étudiants niçois, il faudrait au préalable sassurer que les disparités face à lentrée dans la vie professionnelle ne résultent pas simplement dune différence initiale des deux populations.
Dans notre cas, la distribution de lensemble de la population étudiante et celle des étudiants niçois selon le niveau de diplôme et la spécialité ne montre que de légères différences de structure. Pour la comparaison, nous avons cependant calculé la valeur des indicateurs à léchelon local et national selon un même niveau détudes et une même spécialité. On contrôle ainsi leffet de ces deux sources de variation et on apprécie leffet des conditions dinsertion propres à chaque échelon.
Dans lanalyse nous avons pu montrer que les disparités que nous observions entre léchelon local et national sous le rapport du chômage de longue durée, des formes demploi ou bien des positions socioprofessionnelles relevaient moins des différences de structure entre les deux populations étudiantes que des conditions extérieures propres au marché du travail local. Cette conclusion se trouvait renforcée par le fait que lemploi des étudiants à lextérieur de lacadémie de Nice était le plus souvent dune forme plus stable que lemploi local
Tous ces résultats confortent lhypothèse selon laquelle les écarts entre léchelon niçois et léchelon national sont la conséquence dune forte inscription de linsertion professionnelle des étudiants niçois sur le territoire de lacadémie de Nice et des conditions plus mauvaises quils y trouvent. Dans nos observations, cette disparité est dailleurs sensiblement modérée ou atténuée par le fait que 30% des étudiants quittent le marché du travail local et trouvent ailleurs des conditions demploi plus favorables : embauches au sein dentreprises denvergure nationale, contrats à durée indéterminée plus fréquents, salaires et responsabilités plus élevés. Dans le département des Alpes-Maritimes en effet, sur les 38.300 établissements publics ou privés décomptés en 1993, seulement 637 comptaient plus de 50 salariés, soit 1,7% de lensemble. Cette prééminence des PME dans le tissu économique local ne reste pas sans conséquences sur les conditions et formes demploi que connaissent les étudiants qui se sont insérés localement
Lespace de linsertion professionnelle
Ces données attestent que linsertion professionnelle des étudiants niçois est fortement territorialisée et enracinée dans lespace économique local. Cest à notre sens un des changements majeurs intervenus depuis une vingtaine dannées. A lissue dune des premières enquêtes dinsertion menées en France à léchelle dune université, nous concluions, à propos de lUniversité de Nice (Amiot & Frickey, 1978), que le marché de lemploi des diplômés de lenseignement supérieur était un marché national. Linsertion locale ne laissait que peu de place aux positions sociales de "cadres" et, dans ces conditions, les non diplômés de lUniversité étaient principalement ceux qui sinséraient localement.
Au cours des années 80, les Universités et lenvironnement économique ont tissé des liens qui ont certainement contribué à ancrer localement linsertion étudiante. A ce titre, lUniversité se métamorphose peu à peu en acteur de lemploi local. Ce changement est le résultat conjoint de la croissance de la scolarisation dans lenseignement supérieur, de la transformation du système productif et de la structure des emplois. On peut également y voir la conséquence de la féminisation de lenseignement supérieur, sachant quà diplôme égal, les femmes sont toujours plus nombreuses à sinsérer à proximité de leur lieu détudes que les hommes.
Mais en retour, cet enracinement de lUniversité dans un environnement socio-économique de proximité peut faire craindre un développement des inégalités dinsertion des étudiants qui sera moins imputable au fonctionnement propre du système denseignement quaux caractéristiques de léconomie locale et à son marché du travail. Un aménagement futur des études supérieures qui viserait à garantir au mieux linsertion des étudiants devrait dailleurs sefforcer de préserver une homologation nationale des titres universitaires afin doffrir aux étudiants le choix de la mobilité9. La localisation de linsertion professionnelle ne doit pas faire oublier que les étudiants qui quittent leur lieu détudes occupent plus que les autres, et notamment dans la fonction publique, une activité en affinité avec leur niveau détudes et leur formation.
Un tel constat ne reste pas sans conséquences sur la signification et linterprétation des indicateurs dinsertion. En effet, avec la volonté dévaluer la production des établissements en se fondant sur des critères externes, il arrive souvent que lon assimile la situation des étudiants face à lemploi ou au chômage à un indicateur de résultats des établissements. Or, à lissue de notre examen des disparités de linsertion professionnelle des étudiants niçois et de lensemble des universitaires, on se rend compte combien une telle assimilation est abusive. Les taux de précarité, de chômage ou de cadres sont avant tout des descripteurs des conditions dentrée dans la vie professionnelle plutôt que des indications des performances ou du rendement dun établissement denseignement.
Le changement déchelle
A ce stade de notre travail, il nous faut enfin revenir sur la tentative qui consiste à appliquer à léchelle dun établissement un dispositif denquête élaboré au plan national. Au bilan, lemprunt au CEREQ de sa méthode danalyse de linsertion professionnelle des diplômés savère être positif. En premier lieu, une telle enquête permet de disposer dune connaissance factuelle localisée tout en préservant la comparabilité nationale des résultats. La comparaison des indicateurs standardisés à léchelle locale et nationale permet, dailleurs, de mieux maîtriser la composition des agrégats statistiques (taux de chômage, taux de précarité, etc.) et autorise aussi la production dune connaissance propre sur les conditions spécifiques dinsertion des diplômés de létablissement. Notre étude (Frickey & Primon, 1998) est dailleurs riche denseignements sur la valeur indicative de ces agrégats dans le cadre dune dévaluation externe des formations à léchelle dun établissement : les indicateurs dinsertion sur le marché du travail ne sauraient être assimilés tels quels à des indicateurs de résultats dun établissement.
En second lieu, cette méthode offre, comme dans les enquêtes nationales, la possibilité de disposer dinformations assez précises sur les conditions dentrée dans la vie professionnelle des étudiants, sur les emplois occupés et même sur la dimension spatiale de linsertion. En revanche, il est important de ne pas demander à linvestigation plus quelle ne peut fournir. En particulier, lampleur dune enquête auprès des diplômés dune Université est forcément conditionnée par le flux annuel des étudiants qui quittent létablissement et le système éducatif ; ce qui signifie que le traitement statistique des informations est limité par le nombre dindividus concernés. En dautres termes, à léchelle dun établissement, ce type dapproche est satisfaisant pour disposer dun cadrage statistique et analyser linsertion par grands domaines de formation ou par niveaux de diplômes, mais ne favorise pas une étude approfondie du devenir professionnel des étudiants de chaque grade. Parce quelle porte sur une population dont la taille est limitée, il est évident que létude ne permet pas une comparaison interne très détaillée des spécialités de létablissement. De même, son objet nest pas dapporter des réponses à une interrogation prospective sur les métiers ou les formations. En retour, lextension de ce type denquête à plusieurs établissements dune même région permettrait certainement des comparaisons intéressantes. A léchelle dune seule Université, les données et les analyses ainsi produites peuvent aider à la décision, notamment au moment de lélaboration du projet détablissement, en établissant dabord quelles sont les principales fonctions économiques et sociales que remplit objectivement lenseignement universitaire, en montrant ensuite leffet des déterminants scolaires (grades, spécialités) ou sociaux (sexe, origine sociale) qui conditionnent lentrée dans la vie professionnelle mais aussi le poids des conditions externes du marché du travail sur linsertion des étudiants, en dessinant enfin la carte des bassins demploi avec leurs spécificités qui offre une connaissance localisée de linsertion.
Sur ce dernier point, le dispositif reste perfectible car la prise en compte de la dimension spatiale de linsertion demeure assez élémentaire dans les enquêtes. Le questionnaire dont les thèmes sont principalement centrés sur lactivité professionnelle ne permet pas de disposer dun calendrier de la mobilité spatiale comme on dispose dun calendrier demploi ou du chômage. Mais pour mieux apprécier la place des diplômés dans léconomie locale, il devient également nécessaire daméliorer le système dinformation sur les zones demploi et daller vers la réalisation détudes sur le recrutement des entreprises qui permettrait de saisir la structure socioprofessionnelle, le niveau de qualification, lâge des entrées dans lemploi et destimer le taux de pénétration des jeunes scolaires dans lemploi local10.
Le renouvellement périodique de ce type détude devrait permettre un suivi de lévolution temporelle des conditions dinsertion des étudiants et fournir à chaque fois les éléments statistiques de référence permettant de programmer dans les établissements les enquêtes complémentaires à entreprendre, en vue notamment daccroître linformation professionnelle des étudiants, de renseigner les responsables de formation sur le devenir de leurs étudiants, denvisager les partenariats à établir dans le monde socio-économique, etc. En dautres termes, il sagit dapporter régulièrement des points dappui au débat public sur la vie et le développement universitaire (Desrosières, 1992).
En conclusion, nous pouvons dire que lancrage territorial de lemploi étudiant fait désormais de lespace local un lieu de référence qui légitime les analyses localisées et lintroduction des variables géographiques dans les enquêtes dinsertion. La localisation ou la territorialisation de linformation statistique ne résulte pas seulement dune transformation des équilibres politico-administratifs, mais elle renvoie également à une réalité de linsertion.
Références
Amiot, M.& Frickey, A. (1978). A quoi sert lUniversité ? Une université, ses étudiants et le marché de lemploi. Grenoble : Presses Universitaires de Grenoble.
Cam, P. (1994). Mesurer linsertion : enjeux et ambivalence dune notion. Critiques sociales, N°5-6, janvier 1994, 55-65.
Desrosières, A. (1992). Discuter lindiscutable : raison statistique et espace public. Raisons Pratiques, 3, 131-154.
Desrosières, A. (1994). Le territoire et la localité : deux langages statistiques. Politix, N°25, 46-58.
D.P.D. (1999). Repères et Références Statistiques 1998. Ministère de lEducation Nationale.
Frickey, A. & Primon ,J.-L. (1998). Les diplômés de lUniversité et lemploi. Analyse localisée de lentrée dans la vie professionnelle des étudiants. Etudes et Documents, N°13,
Observatoire de la Vie Etudiante ; Délégation à lAménagement du Territoire (DATAR), oct. 1998. En novembre 2002, ce document était disponible sur le site : http://www.ladocumentationfrancaise.fr
Hermen, J.-L. (1998). Les observatoires de la vie étudiante. Outil dévaluation et de prospective au service du projet détablissement universitaire. Université de Toulouse I, Mars 1998.
Mansuy, M Méhaut, P.(1999). Les enquêtes dinsertion : usages savants, usages décisionnels In J.J. Paul (dir.), Administrer, gérer, évaluer les systèmes éducatifs (pp. 249-272). Paris : Editions Sociales Françaises.
Musselin, C. (1997). Les universités à lépreuve du changement : préparation et mise en uvre des contrats détablissement. Sociétés Contemporaines, N° 28, 79-101.
Rose, J. (1999). Connaissance des parcours étudiants et transformation des pratiques universitaires, In Dix ans dobservation de lenseignement supérieur: acquis et perspectives? Actes du colloque de lOURIP, Lyon 4 et 5 octobre 1999.
Sigot, J.-C. & Vergnies, J.-F. (1998). Linsertion des diplômés de lenseignement supérieur. CEREQ, Document Observatoire, n°137.
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