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Larticulation entre lemploi et la formation est porteuse denjeux important dans les sociétés dominées par le salariat. Pour les individus, la formation est un déterminant majeur de lemploi et de la place occupée dans la société. Cette dimension soulève alors tous les problèmes déquité et de justice dans la mise en uvre des politiques publiques en la matière. Pour les entreprises, lappareil de formation doit contribuer de façon de plus en plus importante à la production des compétences dont elles ont besoin. Cette dimension pose alors la question des modalités selon lesquelles circule linformation entre systèmes productif et éducatif. Elle soulève aussi la question du partage du coût de la formation entre lEtat, les entreprises et les individus.
La prise en compte de ces différents aspects de la relation entre lemploi et la formation, la conduite des politiques publiques en la matière ont évolué au cours du temps en fonction du contexte socioéconomique et des choix politiques réalisés. Depuis le milieu des années 70, la montée du chômage, et notamment du chômage des jeunes, a conduit à remettre en cause la planification centralisée de lappareil de formation initiale, fondée sur lhypothèse dune correspondance bi-univoque entre les formations et les emplois. Lapproche prospective mobilisée, fondée sur des hypothèses dévolution de la production et des emplois permettait de guider les cartes des formations à mettre en place. Lincertitude croissante sur les évolutions prévisibles de lappareil de production, la transformation de sa structure même traduite par le développement des emplois tertiaires, le chômage croissant mettent en lumière les désajustements de ces deux variables et conduisent à labandon de cette hypothèse dadéquation et à celui de la méthode qui laccompagne. Pour comprendre comment sarticulent emploi et formation, pour guider laction publique notamment en matière de politique à légard de la formation, il convient dintégrer les stratégies dacteurs : parcours professionnels, stratégies des personnes vis à vis de lappareil de formation, politiques dentreprises en matière de gestion et recrutement de la main duvre. Cette évolution de la conception des relations entre travail, emploi et formation est à rapprocher des transformations de laction publique : transfert dune partie notable des compétences en matière de politique de formation aux régions, effort massif en direction dune élévation du niveau de formation des jeunes, évolutions dans les modalités de construction des diplômes, développement dun appareil complexe daide à linsertion dans lemploi. Ces changements se sont accompagnés dune multiplication des acteurs intervenant dans le «pilotage» de lappareil de formation, faisant apparaître les problèmes que pose leur coordination. Ils ont également conduit à la création de nouveaux outils ou à lamélioration de ceux déjà existants afin de mieux appréhender les éléments de connaissance de cette relation, tant au niveau national que régional ou local. Les articles présentés ici sont un reflet des interrogations contemporaines sur limpact des politiques menées, les nouvelles orientations quil conviendrait dimpulser et lamélioration des outils à conduire. Ils associent des contributions de différente nature : textes de recherche mais aussi présentation de méthode mobilisée dans la conduite de la politique de construction de la carte scolaire académique.
Dans son article sur les politiques déducation professionnelle des jeunes, Eric Verdier sinterroge sur la nature et le sens des interactions entre les choix des politiques publiques tant en matière déducation-formation que dinsertion-emploi des jeunes et les comportements dacteurs individuels, les jeunes et les entreprises. Leffort significatif en faveur de la formation et de laccompagnement de linsertion depuis le début des années quatre vingt a été conçu comme une réponse au chômage juvénile croissant. Mais la réponse des jeunes et des entreprises a, de fait ravivé la compétition interindividuelle des jeunes pour laccès aux emplois. Priorité est donnée, par les uns et les autres, au niveau détudes, accentuant ainsi le dualisme contre lequel ces politiques publiques entendaient lutter dans un souci déquité. La capacité des politiques publiques à contrecarrer cette sélectivité sen trouve ainsi limitée, à moins que lamélioration de la situation du travail ne permette de relâcher ces tensions.
Hugues Bertrand présente les enjeux économiques et sociaux de la formation continue dans une période ou lemploi et le travail connaissent dimportantes transformations. Dans un contexte dincertitude sur lavenir dans lequel les entreprises fonctionnent, le travail soriente vers une organisation plus collective dans la recherche de la performance. On attend un nouveau comportement de la part des salariés. Il convient alors de repenser laccompagnement de lévolution de leurs compétences, à la fois par des organisations du travail «apprenantes» et par la formation continue. Mais un chantier est également ouvert du côté de la reconnaissance de ces compétences, leur validation et leur certification. Cette analyse des évolutions ouvre le débat social sur ces grandes questions dont on peut regretter quelles soient si peu discutée et lissue si incertaine.
Jacques De Bandt prend comme point de départ de sa réflexion le constat dun déséquilibre croissant entre les qualifications détenues par les salariés ou les personnes en recherche demploi et les compétences attendues par les entreprises. Ces compétences ne sont plus simplement dordre disciplinaire et technique mais concernent également des capacités en matière de communication et de manière à participer à un apprentissage organisationnel. Ce désajustement se traduit par un manque defficacité dans les activités. Pour corriger ce désajustement entre besoins et formations, la solution nest pas à chercher du côté dune amélioration des mécanismes de marché mais plutôt du côté dune «coordination négociée» entre les acteurs des politiques demploi et de formation.
Labandon des méthodes de planification, le transfert aux régions de responsabilités accrues en matière de coordination et de gestion de lappareil de formation invite à développer de nouvelles méthodes et à faire évoluer les outils de connaissance afin de mieux répondre aux besoins de régulation de la relation entre la formation et lemploi.
Alain Frickey et Jean Luc Primon plaident pour un renouvellement des outils danalyse qui permettent de mieux éclairer la décision publique. Ils analysent le résultat denquêtes dites de cheminement, enquêtes qui suivent le parcours des jeunes au cours des cinq années qui suivent leur sortie de lenseignement supérieur. Ces enquêtes doivent maintenant être conduites et analysées à léchelon dune région. La dimension territoriale de lanalyse de linsertion par de telles enquêtes met en évidence linfluence des caractéristiques locales du marché du travail dans linsertion des jeunes sortants de lenseignement supérieur qui, majoritairement sont recrutés dans la région ou ils se sont formés. Un tel outil devrait aider à la prise de décision en matière dévolution de la carte de lenseignement supérieur.
Ce dossier est loin de présenter une synthèse de la question. En particulier, il faut souligner labsence dapproche plus psychologique permettant de mieux comprendre les comportements individuels dans les itinéraires. Il a cependant le mérite de permettre une première approche de ce qui aujourdhui constitue un enjeu pour les acteurs des politiques demploi et de formation.
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