DISPOSITIF REGIONAL DE VALORISATION,
DE COMMUNICATION
ET D'ANIMATION SCIENTIFIQUES
EN SCIENCES HUMAINES ET SOCIALES

("PROJET A.M.A.R.E.S")

Le collectif porteur de ce projet
est coordonné par

Jacques DE BANDT
(CNRS-LATAPSES, Université de Nice-Sophia Antipolis)
et
Jean-René PENDARIES
(CNRS-CEPERC, Université de Provence)

- janvier 2001 -

L’objectif du dispositif que nous présentons ici est de doter la communauté scientifique régionale Sciences de l’Homme et de la Société (SHS) d'un outil collectif de communication scientifique qui réponde à l'importance et à la diversité que prennent aujourd’hui les questions de communication, tant au sein de la communauté scientifique que dans les relations entre le monde de la recherche et de l’enseignement supérieur et celui de l’action sociale.

Une demande sociale croissante et plus exigeante en direction des SHS

Ce projet se situe dans un contexte général que l’on peut caractériser par l’importance croissante des demandes que la société adresse aux scientifiques.
Il en est clairement ainsi dans tous les domaines scientifiques. Mais ceci est particulièrement vrai s’agissant des SHS.
Qu’il s’agisse du diagnostic de situations, de l’aide à la décision, de l’évaluation de l’action ou de l’anticipation de ses effets, voire de l’ingénierie sociale, jamais on n’a tant fait appel à l’expertise des SHS, y compris dans des domaines jusqu’alors largement réservés à d’autres disciplines.

Ces sollicitations participent d’une prise de conscience, croissante à tous les niveaux de l’action sociale, de l’importance des dimensions socio-historiques, économiques, institutionnelles, culturelles, comportementales, psychologiques des systèmes de contraintes, de décision et d’action collective qui conditionnent la vie des hommes et des sociétés.
Ceci représente, pour nos disciplines, autant de preuves, de plus en plus irréfutables, de leur utilité sociale, et constitue donc un puissant moteur de leur développement.

Mais cette reconnaissance sociale est aussi, et en retour, synonyme d’attentes plus exigeantes, plus complexes et plus critiques.
Elle est tout d’abord synonyme d’une demande plus forte et plus diversifiée en matière d’information et de diffusion des savoirs accumulés par une communauté scientifique dont on accepte de moins en moins qu’elle reste inaccessible et fonctionne en vase clos. Les chercheurs sont, plus souvent qu’avant, sollicités à restituer à la collectivité les connaissances qu’ils ont élaborées non seulement “ sur ” elle, mais aussi “ pour ” elle et, à vrai dire et dans une large mesure, “ avec ” elle.
Cette demande d’informations et de restitution des savoirs n'est pas seulement une demande d'accès aux savoirs existants, mais une demande de mobilisation des savoirs en situation, en vue de construire des réponses opérationnelles aux questions qui se posent dans la vie quotidienne. En d'autres termes, cette demande vise l'obtention de réponses pertinentes et, pour cela, l'organisation de processus de question-réponse, dont la spécificité tient au contexte humain et social particulier, dans des circonstances de temps et de lieu particulières.
De ce fait, très naturellement, cette demande d'information et de restitution des savoirs se satisfait de moins en moins du caractère nécessairement spécialisé du travail scientifique et du regard par conséquent toujours segmentaire que chacune de nos disciplines est amenée à porter sur le monde social et humain. Elle est donc porteuse de sollicitations grandissantes en matière de pluridisciplinarité des approches et des connaissances, seule susceptible de fournir les outils intellectuels d’une compréhension et d’une maîtrise quelque peu globales des phénomènes sociaux toujours complexes et, pour ainsi dire, “ trans-disciplinaires ” auxquels ont affaire les acteurs sociaux.
Il faut noter que si la demande de connaissances est plus forte, elle s’accompagne aussi de plus en plus souvent d’une mise en débat de ces connaissances par une société civile plus avertie des incertitudes propres à la science, plus méfiante à l’égard des savoirs établis et plus interrogative quant à leur nature et à leur portée exactes. Et le paradoxe qui veut que l’expert soit, comme on le voit aujourd’hui, à la fois plus souvent sollicité, et plus souvent contesté n’est qu’apparent : il signale simplement que la société attend de moins en moins de nous des réponses toutes prêtes à des questions toutes faites, que des démarches où les savoirs de l’expert puissent être confrontés à l’expérience des acteurs et à l’intelligence qu’ils en ont.
Ajoutons enfin que, dans de nombreux cas, on peut même parler de demandes explicites d’élaboration conjointe des savoirs. Les débats sur la "nouvelle production de connaissances" ont bien montré que, dans les Sciences de l'Homme et de la Société comme dans les autres sciences, les lieux de production de connaissances se sont démultipliés en dehors des lieux de production traditionnels relevant des universités et organismes de recherche. D'où aussi des demandes de plus en plus fortes de co-production des connaissances et savoirs.

Restitution des savoirs, pertinence des réponses, pluridisciplinarité des approches, mise en débat des expertises, et co-production, tels sont donc, à notre avis, les caractéristiques marquantes des demandes qui s’adressent aujourd’hui à nos disciplines.

Une sensibilité croissante des chercheurs aux questions de société

Pour l’essentiel, ces demandes et les questions qu’elles soulèvent rencontrent un écho et un intérêt croissants au sein des milieux scientifiques.
Les chercheurs en sciences sociales et humaines sont en effet de plus en plus nombreux à considérer que la restitution à la collectivité des savoirs qu’ils élaborent fait désormais partie intégrante de leur métier.
Au-delà, ils sont de plus en plus convaincus de trouver dans les difficultés théoriques et méthodologiques réelles de cet exercice et dans l’évaluation et l’appropriation critiques que les acteurs sociaux sont susceptibles de faire de leurs travaux, matière et occasion à développer leurs propres démarches, notamment en ce qui concerne leur ouverture pluridisciplinaire.
Et, pourrait-on ajouter, nombre d'entre eux sont maintenant convaincus que les coopérations - pouvant aller du dialogue à d'authentiques co-productions - avec les acteurs de terrain constituent de réelles opportunités de dynamisation et développement de leurs propres activités de recherche.

Tout cela constitue donc un ensemble de facteurs convergents tendant à faire des questions de communication scientifique un enjeu de plus en plus important, tant du point de vue du développement de la recherche dans nos disciplines, que du point de vue des relations qu’elles entretiennent avec la société.

Les difficultés et insuffisances de la communication scientifique

Or, et malgré certains progrès enregistrés ces vingt dernières années, notamment dans le domaine de l’édition scientifique, force est de constater que notre communauté rencontre de réelles difficultés à répondre aux attentes et à satisfaire aux exigences en matière de communication scientifique, et ceci pour au moins deux raisons.
La première est la faible reconnaissance professionnelle dont, on le sait, bénéficient les activités dites de “ valorisation des recherches ” dans nos disciplines. Malgré des orientations annoncées en la matière par les instances scientifiques, l'évaluation des chercheurs et des équipes reste entièrement dominée par des critères qui minorisent totalement tout ce qui s'écarte de la publication académique.
La seconde raison est que, particulièrement dans nos disciplines, l'annonce de ces orientations n'est accompagnée, en termes d'organisation collective et de moyens, d'aucune mesure à la hauteur des questions posées. Si bien que, pour l'essentiel, la "valorisation des recherches" repose finalement soit sur les initiatives individuelles des chercheurs dont la bonne volonté s'épuise rapidement devant l'ampleur d'une tâche non reconnue, soit sur les efforts isolés et finalement peu efficaces des "responsables com." pour les quelques équipes qui en ont les moyens.
C'est deux obstacles, sont bien sûr liés. La faiblesse des moyens en matière de communication scientifique n'est que la traduction d’un manque évident de conviction quant à la nécessaire évolution des critères d'évaluation scientifique. Et inversement : l'absence de dispositions concrètes susceptibles de mobiliser la communauté scientifique autour des enjeux de communication scientifique contribue à n'en faire qu'une activité totalement annexe des projets scientifiques collectifs et individuels.

Une communication scientifique à double détente

Tels sont les constats qui fondent et orientent notre proposition de construire, dans notre région, un outil collectif capable de définir et de mettre en œuvre une véritable démarche de communication scientifique sur deux registres :

celui de la communication interne à la communauté SHS, avec pour objectifs de décloisonner la circulation de l'information, de faciliter les échanges et collaborations entre chercheurs et disciplines, de multiplier les occasions de confronter les approches, les constructions d’objets et les modèles d’interprétation, notamment au travers de synthèses pluridisciplinaires sur des thèmes de recherche partagés, et de favoriser des partenariats transdisciplinaires...

celui de la communication externe, en direction des acteurs des systèmes économiques et sociaux, qu’ils soient privés ou publics : sur ce registre, il s’agit, bien entendu, de faire connaître les activités et productions scientifiques des chercheurs de notre région, et par conséquent de les rendre visibles et accessibles à un large public. Mais nous pensons, au vu de ce que nous venons de dire des relations entre recherche et société, que les démarches en la matière doivent dépasser le seul objectif de la “ valorisation ” et s’orienter vers l’organisation de réelles rencontres et interactions entre chercheurs et acteurs, seules à même de répondre de manière satisfaisante aux questions que la société adresse à nos recherches, et de permettre en retour au chercheur de tirer un véritable profit de ces questions. L'ambition est d'aller jusqu'à rendre effectives des productions communes de connaissance à la fois par les chercheurs et par les acteurs privés et publics.

Ajoutons à ceci que ces deux objectifs doivent être considérés comme étroitement complémentaires. Le dialogue entre chercheurs et praticiens doit, sinon imposer, du moins constituer une incitation forte aux coopérations transdisciplinaires, et les synergies internes à la recherche ont tout à gagner au développement de ce dialogue. Inversement, ce dialogue sera d'autant plus riche que le monde de la recherche sera à même de mobiliser ses ressources et de développer ses propres rencontres et collaborations scientifiques.

La pluridisciplinarité : au-delà des SHS

Si le dispositif que nous proposons de construire est spécifique aux SHS, nous n’oublions pas, pour autant, que le développement de ces disciplines est, à plus d’un titre, lié à celui des Sciences de la nature et de la vie.
On pense tout d’abord aux coopérations pluridisciplinaires conduites dans de nombreux domaines de recherche, comme ceux de la santé, de l’environnement, de l’aménagement et de l’urbanisme, de la cognition, des transferts et des innovations technologiques, ...
On pense également aux thèmes proprement transversaux à nos champs disciplinaires, comme ceux de l’épistémologie et de la philosophie des connaissances, des relations entre recherche et demande sociale, des rapports entre sciences, technologies et action sociale, des questions de l’éthique dans le travail de recherche, de la place de la science dans la culture, …
L’importance et la diversité du potentiel scientifique de notre région offre en la matière de réelles possibilités de rencontre pluridisciplinaires élargies à l’ensemble des domaines du savoir. Et on peut d’ores et déjà annoncer que deux des premières initiatives que nous envisageons de prendre (l’une autour des questions de la toxicomanie, l’autre en ethnologie de la santé) se situeront précisément sur ce terrain.
Tel qu'il est conçu, notre projet ne vise donc en rien une quelconque fermeture des SHS sur elles-mêmes. En développant une culture de la rencontre entre disciplines, et en multipliant les occasions de confronter la recherche aux demandes sociales de savoirs, il devrait au contraire être un facteur de d’ouverture et d’échanges entre les grands domaines de la connaissance.

Un dispositif à la fois régional et ouvert

Ainsi définis, les arguments qui fondent notre projet et les objectifs qui l’animent n’ont par eux-mêmes, rien de spécifiquement régional.
Ils relèvent de préoccupations de politique scientifique d’ordre national, et c’est d’ailleurs à ce titre que nous le soumettons à la Direction scientifique SHS du CNRS et que nous le soumettrons également à différents services du Ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche susceptibles d’être intéressés par le développement d’une communication scientifique à la fois plus active et plus ouverte sur la société.
Au-delà, nous savons d’ores et déjà que les questions que nous soulevons rejoignent celles de nombreux collègues des différents pays de la Communauté européenne et que notre projet trouvera des échos auprès des instances européennes responsables du développement de la recherche et des échanges scientifiques internationaux.
En même temps, nous sommes convaincus que la mise en œuvre opérationnelle de tels objectifs ne peut se faire de manière efficace qu’à partir de dispositifs ancrés sur des territoires qui soient à la fois, suffisamment vastes pour rassembler un potentiel scientifique significatif, et suffisamment circonscrits pour autoriser la constitution de véritables réseaux d’échanges entre acteurs, ces réseaux pouvant être, dans un second temps, eux-mêmes interconnectés dans une perspective de développement national et européen des systèmes d’information et de communication scientifiques.
Dans cette optique, la bonne échelle nous paraît être celle de la région.

D’où notre proposition de construire un dispositif régional PACA bénéficiant à la fois d’un potentiel local de recherche et de formation supérieure particulièrement dense et diversifié dans le domaine des SHS, et d’une proximité géographique des partenaires suffisante pour bâtir un outil efficace d’échange et de communication scientifiques.
En tant qu’outil collectif territorialisé, ce dispositif fonde donc ses actions de communication scientifique sur les activités de recherche et de formation en SHS développées en région, et s’adresse donc par priorité aux acteurs, partenaires et usagers locaux de ces activités.
En même temps, il ne peut évidemment être que largement ouvert aux dynamiques et échanges scientifiques nationaux et internationaux au sein desquels se développent la recherche et la formation SHS d’une région comme la nôtre. Son caractère régional doit donc être fortement relativisé, tant en ce qui concerne les contenus scientifiques véhiculés, qu’en matière de diffusion de ses produits, notamment de la Revue et du Site Internet qu’il propose de lancer.

Un centre commun de ressources et d’initiatives

Précisons enfin qu’un tel dispositif n'a pas pour vocation à prendre la place de ce que font d'ores et déjà en la matière les grands organismes d'enseignement supérieur et de recherche de notre Région, ainsi que de nombreux laboratoires (Revues, Bulletins, Sites, rencontres avec les acteurs sociaux, …).
Il s'agit de construire une sorte de centre commun de ressources en même temps qu'un pôle d'initiative permettant à la fois

Nous concevons donc ce dispositif comme devant être appuyé sur les démarches et ressources existantes et, par conséquent, conçu et développé en collaboration avec les différents acteurs de la recherche et de la communication scientifique régionale.


Telles sont les perspectives dans lesquelles ont été conçus le Site que nous vous invitons à découvrir ici, la revue Faire Savoirs dont vous trouverez le premier numéro, ainsi que l’Association AMARES dont les membres, universitaires et acteurs de la vie économique, sociale ou culturelle régionale, vous appellent à les rejoindre pour faire grandir ensemble ce projet.